Rock Réunion, mission possible

La Réunion, terre de métissage, peut-elle être rock'n'roll ? Au pays des sirandanes et du maloya, le rock pays tente d'exister. (cet article a été publié début 2008 dans le journal Kwélafé)



C'était il y a un peu plus de 20 ans. A la Réunion, le maloya sortait enfin des limbes dans lesquelles l'avait enfermé le pouvoir politique. Victime collatérale de cette libération, le rock, pas assez couleur locale pour les décideurs culturels. Test, le précurseur aux allures de Téléphone tropical, Ghost Spirit (dans le Nord) et Overkill (dans le Sud), se faisant une guerre de sécession électrique, Po-Go, le premier groupe du surdoué de la guitare Stéphan Pellegrin, ou encore Crotale, où officiaient Guillaume Legras et Sandrine Ebrard, l'égérie de Zong, les talents ne manquaient pourtant pas sur notre lointain caillou. Mais il était difficile à l 'époque de trouver une scène. Le rock, ostracisé, se réfugiait dans des recoins, des coins de scène qu'on leur laissait à regret.
En 2008, le rock pays est vivace, à l'image d'un groupe comme les Zears, qui écume les scènes locales et hexagonales depuis plus de 10 ans. Mais aussi de formations comme Fouchtra, qui a sorti un album en métropole ou encore Nutcase, band déjanté qui a aussi choisi l'exil pour mieux revenir.
Et localement, les groupes pullulent, de trash, de heavy, de rock alternatif... Et le public suit. Problème, toujours d'actualité, trouver des scènes où se produire... Saint-Denis définitivement ville morte, le Sakifo irrémédiablement (?) rock-incompatible, les municipalités hostiles à l'électricité, il reste un réseau de bars, essentiellement dans le Sud et dans l'Ouest. Et le Kabardock. Et le Bato Fou, qui donnent leur chance à un genre musical universel, mais pas forcément bienvenu sous nos tropiques.

"L'alcoolisation, le bruit"

« Les diffuseurs ouvrent leurs portes. Les choses ont changé. Nous, on fait du métal, c'est encore plus marginal. C'est plus difficile pour nous de faire des bars, les patrons ont un peu peur, de l'alcoolisation, du bruit... Le public est là, les artistes sont d'un bon niveau, c'est compliqué de trouver des salles de répétition, et au niveau des médias ce n'est pas évident », résume Séb, de Backstroke, un des groupes montants de la scène rock réunionnaise.
Qui regrette le manque d'émissions consacrées au rock sur les radios locales et à la télé. Reste internet, fédérateur incontournable des amateurs de sons métalliques. « Le problème du rock à la Réunion est aussi lié à un complexe, un paradoxe : on veut être underground et en même temps on veut être reconnu », ajoute-t-il.
« On a tendance à croire que le public est branché world music ou musique traditionnelle. Mais il y a une demande. On arrive à être programmé dans des bars, et le public suit. Même si c'est un peu toujours le même circuit de bars qui nous ouvrent leurs portes », note pour sa part Xavier, de Risk zéro, un autre groupe montant du rock pays.
Car les fans de rock répondent présent, à chaque fois qu'un concert est organisé. Des afficionados jeunes (entre 15 et 30 ans), qui n'hésitent pas à faire des kilomètres pour se faire un concert.
Pierre Macquart, du Bato fou, croit en tout cas à ce potentiel du rock local, lui qui n'a pas hésité (en collaboration avec le Kabardock) à programmer les premières « escales rock » fin 2007avec un plateau de six groupes locaux et d'un invité extérieur. « Mais le rock fait encore peur à la Réunion », note avec une amertume teintée d'ironie un guitar hero bien local.

Frenchy

Jeudi 8 Janvier 2009
françois gillet
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