Maloya, y a pas de quoi pavoiser

Le maloya inscrit au patrimoine immatériel de l'Unesco. C'est beau comme un conte de fées. Mais tous ceux qui se gargarisent de la bonne nouvelle oublient de dire que le chant ancestral de la Réunion se trouve noyé dans une liste hétéroclite de "pratiques culturelles" à préserver. Et nombre de ceux qui applaudissent aujourd'hui n'étaient hier pas des grands fans du maloya. Et c'est peu de le dire...



Maloya, y a pas de quoi pavoiser
La une des trois quotidiens de l'île, l'ouverture des journaux télévisés, les gargarismes d'autosatisfaction de Françoise Vergès... L'inscription du maloya au "patrimoine culturel immatériel de l'humanité", décidé le 2 octobre à Abou Dhabi par l'Unesco, a fait couler à la Réunion beaucoup d'encre et de salive. Il n'y a pourtant pas de quoi pavoiser...
La France avait proposé quatre dossiers, tous acceptés : un chant polyphonique corse, le cantu in paghjella ; l'art du trait de charpente (sic) ; la tapisserie d'Aubusson ; et donc, le maloya.
Mais 72 autres pratiques culturelles du monde entier ont également été inscrites à ce qui s'apparente à un véritable inventaire à la Prévert : le tango, le carnaval d'Oruro en Bolivie, celui de Binche en Belgique, les dessins sur le sable du Vanuatu, le théâtre Nagaku du Japon, le patrimoine oral du Guélédé (Bénin, Togo, et Nigéria), l'espace culturel du Kihun en Estonie... (Voir la liste complète sur le portail de l'Unesco)
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Très immatériel...

Mais au fait, à quoi ça sert, cette inscription au "patrimoine immatériel" ? A rien. C'est une reconnaissance, c'est vrai, et pour la Réunion, qui en manque cruellement, c'est déjà beaucoup. Mais concrétement, le maloya ne touchera aucune aide financière, et on n'organisera pas du jour au lendemain une tournée mondiale de Firmin Viry ou de Danyèl Waro. « Cette Convention correspond à une réelle attente. Celle de la reconnaissance d'un patrimoine trop longtemps sous-estimé et négligé alors même qu'il constitue la sève de la vitalité des peuples et de leur créativité », a déclaré la sous-directrice générale de l'UNESCO pour la culture, Françoise Rivière, lors de la réunion d'Abou Dhabi (non, Française Rivère n'est pas un pseudo de Françoise Vergès).
La Convention « a été élaborée pour la sauvegarde d'un patrimoine unanimement considéré comme menacé par les rapides changements qui affectent le monde contemporain, et par l'affaiblissement progressif de sa transmission aux générations futures », a-t-elle ajouté. Bon, bon... On est content de savoir que les dessins sur le sable du Vanuatu sont pris en considération. De là à parler d'événement historique...


Le bal des hypocrites

Firmin Viry a sans doute raison de mettre un bémol à l'enthousiame général, quand il déclare au Jir (03/10) : "Aujourd’hui on fait trop de mélange et d’amalgame. Méfiance. Je trouve que la décision de l’UNESCO vient un peu tard (mais mieux vaut tard que jamais), et qu’il n’a pas forcément la connaissance pour mettre une étiquette fidèle sur notre patrimoine”. D'autant plus que cet enthousiasme a beaucoup ressemblé à un bal des hypocrite. Le Jir, qui en fait des tonnes, a toujours été, avant son tournant "soft" du début des années 90, un fossoyeur du maloya, y pensant souvent, n'en parlant jamais. Dans les années Debré, tout ce qui était connoté communiste, et rappelait de près ou de loin l'esclavage, n'avait pas droit de cité. Il est à ce sujet amusant qu'Yves Montrouge, nouveau rédéac-chef du Jir, se prosterne ostensiblement devant Françoise Vergès, qui revendique l'inscription du maloya dans la liste prestigieuse, et au passage, dise tout le bien qu'il pense de la MCUR. Il n'y a pas plus sincère que le converti de fraîche date... Et RFO, qui pendant des décennies a interdit d'Antenne le maloya, en fait de son côté peut-être un peu trop pour rattraper le temps perdu. Mais qu'importe. On va danser dans le monde entier au rythme des bobres, des kaïambs, et des roulèrs... Mèt ankor, la pa assé !

François GILLET

Samedi 3 Octobre 2009
françois gillet
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1.Posté par lucien le 03/10/2009 19:24

Il paraît que dans son inventaire à la Prévert, comme tu dis, François, l'Unesco envisage de mettre la grippe A à la Réunion, le chik à la Réunion, la pyramide inversée à la Réunion, le célébrations de Mao à la Réunion, du Dipavali à la Réunion, de tous les communautarismes à la Réunion, de l'enculage de mouche à la Réunion, du culte de la personnalité à la Réunion, on disait autrefois "papa", papa Vergès, papa Virapoullé... Mais je plaisante. Comme tu dis, François, miss Vergès et les médias locaux ont bien chanté, eh bien dansons maintenant. Tu ne trouves pas, on se sent déjà mieux à la Réunion.

2.Posté par françois gillet le 04/10/2009 22:16
Bah oui, on se sennt mieux soudain...

3.Posté par aude le 05/10/2009 17:27


A vérifier. Il paraît que les Freedomiens et les Freedomiennes seront bientôt inscrits au patrimoine immatériel de l'Unesco. C'est Kami Sud, vice-président de la Région, qui aurait entrepris les démarches avec la bénédiction de Papapol qui lui doit bien ça même si beaucoup l'ont oublié. Car ça sert à ça, les distinctions de l' Unesco. A ne pas oublier.

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