La Guadeloupe s'embrase, pas la Réunion

Nicolas est un journaliste réunionnais passionné de politique. De temps en temps, le Pirate lui pique un papier tiré de son blog, Le reste mérite d'être dit. Celui-nous a plu, parce qu'il pose un regard plein de recul sur la situation comparée aux Antilles et à la Réunion.



 La Guadeloupe s'embrase, pas la Réunion
La Guadeloupe s'embrase, la Réunion reste calme...mais pas indécise
Ici (ndlr à la Réunion), c'est le grand calme. Il y a bien quelques petites inquiétudes concernant de possibles émeutes comme en 1990 -lorsque la chaine de télévision tv freedom fut contrainte de fermer- mais en dehors de quelques sympathiques happennings rien de bien méchant et en tout cas pas de morts dans des affontements. Pourtant la question du pouvoir d'achat se pose aussi ici avec les mêmes symptomes. Le monopoles de quelques uns sur l'importation entraîne une hausse mécanique des prix, la faiblesse de la production locale parfois vampirisée -comme la pêche dont le produit est acheté massivement par des firmes japonaises- oblige à importer beaucoup et rallonge la note. L'étroitesse du marché, enfin, est peu propice aux économies d'échelle.

Mais ce n'est pas d'économie dont on parle dans l'océan Indien parce que ce sujet revient fréquemment dans le débat local. Il est plutôt de bon ton, ces temps-ci, de constater la grande différence entre les Antilles et la Réunion dans l'art de la revendication. "Les premiers se font toujours entendre quand la deuxième est plus discrète", vous diront nombre d'observateurs. Tiens un signe: tout le monde connait en métropole le zouk mais le maloya? Il en est de même pour la cuisine. Les réunionnais en rient à chaque fois que quelqu'un leur demande s'ils cuisinent le Colombo. Mais, il y en a aussi pour déprimer et considérer que les Réunionnais sont bien trop gentils. Dans le même temps, les quelques uns qui ont vécu aux Antilles et à la Réunion, vous le confirmeront: ce n'est pas le même climat social et sociétal qui règne et la tolérance réunionnaise est une réalité. Alors trop mous les Réunionnais? D'abord moins focalisés sur la couleur de peau, c'est sûr, même si les remarques xenophobes ou racistes existent quand même (et tout le monde en prend pour son grade).


Béké d'un côté, créole noir de l'autre

 La Guadeloupe s'embrase, pas la Réunion
Aux Antilles, le phénotype marque souvent la condition sociale, le béké d'un côté, le créole noir de l'autre et le métro au milieu. Lorsque l'historien réunionnais Gilles Gauvin a réalisé son "abécédaire de l'esclavage" qui présente en parrallèle l'histoire des Antilles et de l'Océan indien, il a constaté un étonnement de ses collègues antillais sur l'existence à la Réunion de "blancs pauvres, les yabs". A la Réunion, il y a un peu plus de phénotypes (malgaches, chinois, indiens, etc...) et ceux-ci ne recouvrent pas forcémment des statuts sociaux. Parmi les grandes fortunes de l'île , on trouve des descendants d'engagés (les Chinois et Indiens engagés pour venir travailler pour des salaires de misère). A la Réunion, la lutte des classes ne rejoint pas (encore) la lutte des races même si la tentation du communautarisme tente quelques uns qui se rêvent en porte-parole à vie de telle ou telle communauté (raciale ou religieuse).

Autre différence: l'essence qui a embrasé la mèche guadeloupéenne a déjà brûlé à la Réunion. Au mois de novembre. Les transporteurs de l'île ont bloqué les routes au motif que la baisse des cours du pétrole n'avait pas été répercutée à la pompe. Après une série de barrages bon enfant et une négociation tendue avec la région dirigée par le Parti communiste réunionnais, une baisse a été obtenue. Sur l'essence uniquement, certe, mais sur l'essence quand même. Ca n'ôte rien à l'urgence de certaines situations mais ça l'atténue quand même. Ca montre surtout une des différences entre l'océan Indien et les Antilles dans la manière d'envisager les luttes. Les Réunionnais appelent ce principe : "ti pa ti pa narrivé" (lentement mais sûrement). La Réunion fera grève le 5 mars . Les syndicats ont posé une date lointaine pour prendre le temps mais une chose est sûre, si le gouvernement n'avance pas de propositions sérieuses sur les salaires en Outre-mer, la Réunion se battra ...lentement mais sûrement.

Nicolas

Le reste mérite d'être dit

Mardi 24 Février 2009
françois gillet
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