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L'Edito de mai Bienvenue chez les Yabs ! Une super idée de scénario de film sur la Réunion : un pauvre fonctionnaire est exilé dans l'île du bout du monde, et finit par s'y plaire. Bon, le film ne marcherait sûrement pas... Et si on se faisait un film ? Le scénario ? Un directeur de la Poste du Sud de la France est muté à la Réunion. Une mutation sanction. Le pauvre s’attend au pire : un pays en déshérence, dévasté par 30% de chômage, le record national de RMIstes, des loyers astronomiques, des liaisons internet de mauvaise qualité et hors de prix, et des billets d’avion réservés aux millionnaires… Malgré sa prime de vie chère, on le comprend, le gars est déprimé. Mais il va découvrir dans ce lointain pays la chaleur humaine, la solidarité, l’authenticité et l’amitié. Va se régaler de bouchons, de cabri massalé et de bière Dodo, pour finalement être adopté par les autochtones, et ne plus avoir envie de partir. On pourrait titrer le film « Bienvenue chez les Créoles », ou, mieux, « Bienvenue chez les Yabs ». Bien sûr, les dialogues seraient épicés de la délicieuse langue régionale, le créole, auquel notre héros n’entendrait goutte, tendant l’oreille à chaque saillie, avant de finir par s’y faire.
Un rôle pour Valérie Bègue
Et lui-même, complètement assimilé, interpellerait ses nouveaux dalons dans une boutique des hauts d’un tonitruant « Koman i lé la po ! » (ce «la po » qui l’avait laissé perplexe au début du film. Thierry Jardinot pourrait jouer le postier créole qui accueille son nouveau chef venu du froid, et dans le rôle principal, on verrait bien Daniel Auteuil. Bon, on entend déjà les discours défaitistes : « Ca ne marchera jamais ! » ; « Ce scénario est nul, personne n’y croira » ; « C’est gentil, votre idée, mais des dialogues en créole, personne n’en voudra ». Peu importe. Nous, au Pirate, on y croit. Et on envoie le synopsis à Pierre Vergès, président d’Ile de la Réunion tourisme. On pourrait même trouver un petit rôle à Valérie Bègue et à Mme de Fontenay…
Frenchy
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L'Edito de novembre La vie de château
On vit une époque formidable. Le président de la République s'augmente de 140%, les 50 premiers patrons français ont gagné en moyenne 25% de plus en 2006 (soit chacun environ 316 années de smic en moyenne chacun), le gouvernement met en place pour les plus aisés un bouclier fiscal qui va coûter aux finances de la nation 15 milliards d'euros, mais un Premier ministre à la face de clown triste nous explique sans rire que la France est en faillite. Pendant ce temps, on taille dans le vif des retraites des cheminots, on fait payer aux assurés sociaux une franchise, et le pouvoir d'achat des ménages fond comme peau de chagrin. C'est dans l'air du temps, la politique du clinquant, des repas au Fouquet's, des week-end sur des yachts de miliardaires... Spéculer plus pour gagner plus. Et le bon peuple regarde, ébaubi, ce premier monde nager dans le luxe sur le papier glacé des journaux appartenant à quelques magnats, accessoirement amis du président. Bien sûr, à la Réunion, on n'échappe pas à ce syndrôme. Les grands chefs d'entreprise, qui « pleurent la bouche pleine », pour reprendre les termes de Brigitte Girardin l'ancienne ministre de l'Outre-mer, s'en sortent très bien, merci pour eux. Ils réclament bien sûr, pour le principe, toujours plus de mesures dérogatoires, de défiscalisation, d'aides... Les grandes surfaces, les bagnoles, et le BTP sont les trois mamelles de la Réunion. Des mamelles auxquelles sont accrochés quelques grands patrons, qui ne produisent rien, se contentant d'importer et de revendre à prix d'or des produits dehors.
Pouvoir, fric, et népotisme
Le monde politique suit bien sûr cet exemple. Pierre Vergès, déjà politique multi-cartes, veut la présidence du nouveau comité du tourisme (le CRT, qui remplace le CTR), au grand dam de Jocelyne Lauret, qui va pleurer dans tous les médias pour garder la tête du nouveau bidule. Paul Vergès, sévèrement battu aux dernières législatives, se comporte toujours comme le président de la République de la Réunion, plaçant fils, petits enfants, descendants divers à des postes-clé et bien rémunérés. L'argent public i manque a nou ? Nassimah Dindar, qui a aussi le sens de la famille, essaie de sauver les meubles compagnie des Indes de son siège au conseil général, qui dépend maintenant du bon vouloir de René-Paul Victoria, pour qui, plus que jamais, la vengeance est un plat qui se mange froid. Côté socialistes, c'est bien aussi. Annette veut reprendre la main à Saint-Denis, estimant que les casseroles qu'il traîne ne font désormais plus de bruit, et Michel Tamaya, ayant découvert un nouveau mot dans le dico, « l'éthique », aimerait bien retrouver le fauteuil de maire de Saint-Denis. Un autre fauteuil qui semble confortable, c'est celui de président de l'université. Serge Svizzero, rejeté de toutes parts, et dont la gestion a abouti à la mise sous tutelle de l'université, s'y accroche obstinément. Le pouvoir, le fric, le népotisme... L'exemple vient d'en haut, l'exemple vient de Paris. Pourquoi se cacher, pourquoi se priver ? Après tout, les électeurs approuvent ce système : l'an prochain, ils voteront pour les mêmes, et paieront encore le prix fort dans les grandes surfaces. Avec le sourire...
Frenchy |
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L'Edito de mars L’île aux catastrophes La Réunion est vraiment une île intense. Alors qu’on sortait à peine de l’épidémie de chikungunya, de son cortège de ministres, de ses cohortes de journalistes, tous nous ayant fait une aimable publicité, voici que Sarkozy se pointe, accompagné, comme il se doit, d’une pléiade de journalistes, encore. Lesquels ne diront pas un mot, ou presque, dans la presse nationale, de la Réunion, de ses problèmes, de ses aspirations, mais abreuveront leurs lecteurs métropolitains des petites phrases du candidat en campagne. On est habitués. Juste après, paf, on se prend un vrai cyclone, dévastateur, méchant, puissant. Et à ça, on n’était plus habitué depuis des années. Les anciens ont du puiser dans leurs souvenirs pour faire des parallèles entre la puissance destructrice de Gamède et les météores de légende. Seules les mauvaises langues verront autre chose que l’effet du hasard dans la proximité de la visite express de Nicolas Sarkozy et la venue tout aussi brève et intense de Gamède… Pour le coup, la mobilisation nationale a à nouveau été décrétée. Tous les canards métros ont derechef parlé de la Réunion, sur le mode compassionnel, cette fois, avec comme icônes les photos (notamment celle de Richard Bouhet, d’Imaz Press Réunion, correspondant de l’AFP) des ruines du pont de la Rivière Saint-Etienne. Ce qui nous a valu entre autres la visite de François Baroin, qui devrait prendre la place de Nicolas Sarkozy à l’intérim au ministère de l’Intérieur, et qui, comme Jean-Luc Delarue, a la phobie de l’avion. C’est pour ça que pour lui, mieux vaut rester à l’Intérieur qu’officier à l’Outre-mer. Les murs ont des zoreys Pendant ce temps, en France, un autre cyclone, politique celui-là, menace les candidats des grands partis. Il a pour nom François Bayrou, et sa montée dans les sondages a provoqué la mise en place de l’alerte orange tant chez Sarkozy que chez Royal. Et, à la lecture du Nouvel Obs, de Marianne, de Libé, du Monde ou encore du Parisien, la visite de Nicolas Sarkozy à la Réunion n’est pas étrangère à ce dérangement météopolitique : tous ces médias ont en effet relevé la petite phrase de Sarko dans l’île, « cette élection, je commence à bien la sentir ». Et de la mettre en relation avec la phrase malheureuse de Lionel Jospin, dans l’avion qui le ramenait de la Réunion, il y a cinq ans, à propos d’un Chirac « vieilli et usé ». Comme quoi, quand on est candidat à l’élection présidentielle, il ne faut pas venir à la Réunion. Ca porte malheur. Bercé par la torpeur tropicale, loin du stress parisien, on se laisse aller à dire des choses qu’on pense très fort, mais qui ne doivent pas être dites. Les murs ont des oreilles, en l’occurrence des zoreys journalistes qui ne se tapent 20 heures d’avion que pour récolter la petite phrase qui tue. En attendant, cette élection que Sarkozy sentait bien à la Réunion, commence à sentir de plus en plus mauvais pour lui. Comme pour Royal, d’ailleurs. Pourtant, Bayrou aussi est venu à la Réunion. Peut-être a-t-il pris la précaution d’exorciser la malédiction bourbonnaise ? Etre cul-bénit ça n’a pas que des inconvénients… Laurelen
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L'Edito de janvier 2007 Toi, toi, mon toit Il a fallu 12 ans à Jacques Chirac, élu en 1995 sur la seule promesse de réduire la fracture sociale, pour s’apercevoir qu’il y avait en France un problème de logement. Que dans la rue, des SDF croisaient les banlieusards qui rentraient dans leur lointain deux-pièces. Qu’en plus des sans-logis, il y avait en France des centaines de milliers de mal-logés. Et que l’angoisse de ne plus avoir un toit au-dessus de sa tête arrivait juste derrière la crainte de ne plus avoir d’emploi dans la hiérarchie de nos cauchemars quotidiens. A la Réunion, 26 000 personnes sont en attente d’un logement. Il faudrait construite 9 000 nouveaux logements chaque année (dont 6 à 7 000 logements sociaux) pour faire face à la demande. La raréfaction du foncier, la spéculation immobilière, la calamiteuse loi de défiscalisation font qu’il est aujourd’hui quasi impossible de trouver un toit si l’on n’a pas des moyens financiers au-dessus de la moyenne. Il suffit de parcourir les petites annonces des journaux pour ce rendre compte de ce hiatus. A Saint-Denis, Saint-Pierre, ou Saint-Paul, les centres-villes sont devenus des réserves à riches. La Suisse de Johnny, à côté, c’est le tiers-monde. Ceux qui ont la chance d’avoir un travail dans un département français où plus de 30% de la population est au chômage ne peuvent pas facilement accéder à un logement. Un couple de smicards avec deux enfants devra la plupart du temps se contenter d’un deux-pièces dans les hauts, loin du lieu de travail. Eux n’ont pas de chance : ils ne sont pas éligibles aux aides au logement. Ils ont un boulot. Mais quand on gagne 2 000 euros à deux, et que la moindre case à Moufia ou à la Bretagne est à 900 euros de loyer (plus la caution), le problème est insoluble. Sachant que les agences immobilières demandent que le loyer ne dépasse pas un tiers des revenus, notre famille chanceuse devra trouver un appart à 630 euros. xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /> xml:namespace prefix = o /> xml:namespace prefix = o /> xml:namespace prefix = o /> xml:namespace prefix = o /> Qu’est-ce qu’on a pour 630 euros ? Qu’est-ce qu’on a pour 630 euros ? Un studio avec cuisine équipée rue Jules Auber, à Saint-Denis (650 euros), un F3 rue Roland Garros au Tampon (500 euros), ou un F3 avec courette proche du lycée de Saint-Benoît (600 euros, plus deux mois de caution). Encore à la Réunion a-t-on la chance de ne pas avoir trop de SDF, grâce à la solidarité familiale. Le revers de la médaille, c’est que deux, trois générations cohabitent toujours sous le même toit. Et que des associations comme Momon papa lé la pallient les carences des pouvoirs publics. Mais, et c’est rassurant, tout le monde n’est pas touché par la crise du logement. Nassimah Dindar a ainsi récupéré une jolie case, toute proche du Palais de la Source, en en virant au préalable un haut cadre du Département dont c’était le logement de fonction. Elus et hauts cadres administratifs n’ont en général pas de problème pour se trouver un toit, généreusement payé par l’argent public. Et là, on ne parle plus d’une garçonnière à Saint-Denis ni d’un F3 avec courette à Saint-Benoît. Quelle est cette République infoutue de garantir à sa population un des droits essentiels de l’homme, le droit à se loger décemment ? Quels sont ces élus incapables de légiférer, de faire intervenir la puissance publique, pour réglementer un marché immobilier devenu complètement fou ? Dans un pays réputé pour son inflation législative à propos de tout est n’importe quoi, il est étonnant qu’aucune loi volontariste n’ait été votée en urgence pour réguler ce furoncle du libéralisme à tout-va : la spéculation immobilière. Laurelen |
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L'Edito de décembre Une souris en boîte Après le chien appât pour requins, le cari de chien, et la chasse au tangue (présentée sur la chaîne « Voyage » comme une « disgusting » coutume par un reporter anglais), voilà une nouvelle spécificité réunionnaise : le chili con souris. En l’occurrence, une petite souris confite dans une boîte de haricots rouges. Comme quoi, aller en boîte est une aventure de plus en plus dangereuse. Pas autant, apparemment, que de faire ses courses chez Leader Price. Qui a diligenté une enquête pour savoir d’où venait cette souris. Sans doute encore une clandestine qui a tout risqué pour trouver du travail en France, et qui a donc finie noyée dans du jus de haricot rouge. Triste destin… La Réunion est décidément une île pleine de surprises. Par exemple, c’est sans doute le seul département de France qui compte deux comités de soutien à Nicolas Sarkozy, dirigés par deux élus de la même majorité qui se détestent cordialement, Jean-Jacques Morel et Ibrahim Dindar. La Réunion, c’est aussi la fédération PS qui a voté le plus massivement pour Ségolène Royal : 90%, un score stalinien, ce qui prouve que le Parti socialiste a quand même gardé quelque chose de la gauche. Emules de Mickey mouse C’est également un endroit charmant, où une dame tente d’empoisonner son concubin au souricide (décidément… ), discrètement dilué dans un punch coco, servi au monsieur à neuf heures du matin, en guise de petit déj’. Et puisqu’on en est au chapitre rongeurs la Réunion est une des rares régions de France où une directrice d’école maternelle envoie aux parents un mot pour leur prévenir qu’à cause de la présence massive de rats dans l’établissement, il convient de munir les petites têtes blondes et brunes d’une bouteille d’eau. Pas pour noyer les rats, mais pour éviter de boire de l’eau dans laquelle auraient barboté les joyeux émules de Mickey mouse. Au ministère de l’Education nationale, on pourra aussi s’étonner de la crise que traverse l’université de la Réunion, qui pourrait bientôt porter le nom de Raymond Barre. A tel point que le président Svizzero, qui est la source de cette crise, a demandé un rapport à trois universitaires concernant la situation quasi insurrectionnelle que connaît l’Institut d’administration des entreprises. Lesquels préconisent sans rire l’envoi d’une force d’interposition, pour éviter que profs, directeur, étudiants et membres du conseil d’administration n’en viennent aux mains. La seule île où les pompiers ont deux chefs, l’un, l’ancien, qui ne veut pas partir, l’autre, le nouveau, venu de métropole, qui ne peut pas rentrer dans son bureau. La seule région de France, à notre connaissance, où une route en bas de falaise, de moins de 13 kilomètres de longueur, et poumon économique, va sans doute être affublée d’un péage, comme d’un grotesque faux nez qui cacherait l’incurie de l’Etat et l’incompétence des élus locaux, les mêmes qui sont aux commandes depuis une trentaine d’années. Enfin, on aimerait être une petite souris pour surprendre les conversations entre André Thien-Ah-Koon, Maurice Gironcel, Willy Caderby, Hugues Salvan, Michel Fontaine, tous injustement poursuivis par la justice pour des broutilles. French
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L'Edito de septembre Sursalaires de la peur Le serpent de mer du sursalaire des fonctionnaires repointe le bout de son museau. C’est l’hebdo « Marianne », dans son édition du 12 août dernier, qui en remet une petite louche dans un dossier consacré aux privilèges en France. Après avoir rappelé le statut doré des fonctionnaires outre-mer (de 40% de bonus sur les traitements aux Antilles à 110% en Polynésie française), et celui très intéressant des retraités de la fonction publique sous les tropiques (+35% à la Réunion, jusqu’à 75% à Tahiti), l’hebdo signale que le député-maire communiste de Montreuil, Jean-Pierre Brard, qui dirige une mission d’information sur la question, a en ce moment dans le collimateur les retraités qui n’ont jamais travaillé outre-mer et s’y installent pour profiter de la manne. Et encore Marianne n’évoque-t-elle pas les adresses fictives de retraités qui restent en métropole et sont censés habiter outre-mer, pour toucher le jackpot. Entre 1995 et 2003, selon le sénateur Jean Arthuis, le nombre de bénéficiaire de ce dispositif de retraites sucrées a augmenté de 50%. L’histoire est récurrente. En avril dernier, c’est « L’Expansion » qui consacrait un dossier aux sursalaires. Un dossier repris in extenso par Témoignages, le canard du PCR (dans le multivers de la presse, d’improbables rencontres de météorites ont parfois lieu, au c½ur du silence glacé de l’espace), sous le titre « La fonction publique d’outre-mer à nouveau ciblée ». L’auteur de l’article, Yves-Michel Riols, y rappelle quelques chiffres édifiants : l’Insee chiffre le coût de ces compléments de rémunération à 2,22 millions d’euros, et le salaire moyen (oui, moyen… ) d’un fonctionnaire outre-mer est de 37 575 euros à la Réunion, 46 250 en Nouvelle-Calédonie, contre 25 000 en métropole. La trouille des « troubles sociaux » On peut aussi prendre comme point de repère le budget annuel de l’académie de la Réunion : 1,3 milliard d’euro, dont… 94% consacrés aux salaires, soit 1,22 milliard. La part de l’indexation y est de, à la louche, 400 millions d’euros. Sur un an. Soit le coût de la Maison des Civilisations, et une petite moitié de ce que va coûter la nouvelle route du littoral, un chantier pharaonique qui va durer dix ans… On comprend que, dans ces conditions, les politiques de tous bords essayent depuis une dizaine d’années de s’attaquer à cette étrangeté budgétaire et économique. Avec le succès qu’on sait… Car, pour les syndicats de fonctionnaires, ces avantages ne sont pas négociables, et le fait même d’en parler, voire d’utiliser le terme « avantages », est un casus belli. En mai 2005, au Sénat, la ministre de l’Outre-mer d’alors, Brigitte Girardin, avait été interpellée sur « les compléments de rémunération », les congés bonifiés outre-mer, et, en passant, la défiscalisation (dont Le Pirate aura bientôt l’occasion de causer). Le sénateur Henri Torre, rapporteur spécial pour l’Outre-mer, a eu ces mots imagés : « Il est douteux que des jeunes gens de 15 ans aient l’intention de se mobiliser en faveur du maintien des avantages dont bénéficient les retraités métropolitains ». Brigitte Girardin venait de faire remarquer aux sénateurs que plusieurs tentatives de remettre en cause les « compléments de rémunération » des fonctionnaires avaient lamentablement échoué, et que des « troubles sociaux » étaient à craindre si on touchait à ces sous là. Une façon élégante d’avouer la crainte d’un gros bordel, à l’image des grandes grèves de 95 et 2003 à la Réunion. Ministre échaudé… Il est probable que cette question refasse surface, et peut-être plus tôt qu’on ne le croit. Pierre Méhaignerie est à l’Assemblée nationale le premier pourfendeur des « primes coloniales », comme disait le PCR dans un passé récent. Et il est aussi un membre du premier cercle de Nicolas Sarkozy. Lequel, après avoir au nom de « la rupture » voulu s’intéresser de près à ces avantages acquis, semble avoir fait récemment fait machine arrière. Voyant dans ces sursalaires l’assurance de l’émergence d’une classe moyenne dans les Dom, Nicolas Sarkozy a aussi du écouter les conseils de ceux de ses amis, à la Réunion (si, si, il en a), qui n’ont pas envie de se retrouver avec des manifs monstre, une grève de la fonction publique sur les bras, et diverses émeutes annexes, en pleine période électorale. On a déjà donné, disent-ils en substance. En d’autres termes, les fonctionnaires peuvent pour l’heure dormir tranquilles. On verra de toute façon ces enquiquinantes questions après la présidentielle. Laurelen |
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L'Edito d'août Foule de bèfs à la Réunion Ca y est, cette fois, c’est la fin du monde. Ce mercredi 9 août, une boule de feu a été aperçue, en plein jour, dans le ciel du Sud de la Réunion. Abondamment relayée par radio Free Dom, l’info a fait le tour de l’île comme une traînée de poudre. Aussitôt, on en a appelé aux mânes de Nostradamus, aux sombres prédictions de Grand-mère Kalle, aux malédictions de Sitarane. Tout ce que compte l’île de culs-bénits se réclamant d’une église de la rédemption du douzième jour des saints de la résurrection des quatre cavaliers de l’apocalypse a illico sillonné les rues des quartiers en se flagellant, et en exhortant les pauvres pêcheurs (tous ceux qui ne font pas partie de l’église de la rédemption etc.) à se repentir là, tout de suite, avant de comparaître devant le Grand Père Fouettard. Tintin et l’Etoile mystérieuse à la Réunion… Il est vrai qu’il y a eu pas mal de signes précurseurs. Avant la boule de feu, il y a eu cette foule de b½ufs atteints de tuberculose bovine. Et puis le chikungunya, envoyé par les Américains, Al Quaeda, un cargo fantôme, le tsunami, c’est selon… Et maintenant les rats, qui émeuvent jusqu’au préfet, qui s’est bien juré qu’on ne lui ferait pas avant son départ imminent le même coup avec la leptospirose qu’avec le chikungunya. Encore trois, et nous aussi on aura nos sept plaies d’Egypte. La Réunion rayée de la carte Il y a des signes, on vous dit. Comme en témoigne ce courrier d’un lecteur, qui nous signale un site annonçant que la Réunion allait être rayée de la carte par les éléments déchaînés. Le site des Zeta, une sorte d’organisation apocalyptique new-age qui prévoit que la terre va être frôlée par une comète géante nommée Nibiru, qui va provoquer une inversion des pôles. Courrier qu’on a reçu le 6 août, soit trois jours avant la chute de la boule de feu… C’est pas troublant, ça ? Selon ces allu.. euh, ces grands savants de Zeta, voilà ce que va subir la Réunion quand Nibiru (où est-ce qu’ils vont chercher ces noms ridicules ?) va nous frôler : « L’île de la Réunion est sans doute un endroit très agréable aujourd’hui, mais deviendra un piège lorsque les pôles s’inverseront. Eloignée du continent africain ou d’autres lieu sûrs, ceux qui resteront à la Réunion seront grillés d’un côté par l’explosion des volcans et balayés de l'autre par d’immenses vagues quand l’océan Indien se retirera dans un premier temps vers le pôle Sud, puis reviendra avec force vers l’Inde. Peu survivront, et ceux qui auront cette chance regretteront d’être restés sur leur île ». Il est encore peut-être temps de fuir vers Madagascar ? Malheureusement, Zetatalk nous laisse peu d’espoir, Mada sera aussi submergé par un tsunami titanesque. En France, alors. Ben non. La France sera entièrement inondée, à part les Alpes. Parce que les Alpes, sauf si on aime la compagnie des moutons, c’est quand même pas le top. Bon, il nous reste cinq minutes avant la fin du monde. On va boire un coup à Saint-Pierre ? Laurelen |
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Marine se fait bronzer à la Réunion |
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Marine Le Pen est venue se faire bronzer quelques jour à la Réunion en ce début juillet, juste le temps de nous assurer que le FN, qui trouve l'équipe de France de foot trop "colorée", n'est "pas un parti raciste". |
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Ils sont plusieurs centaines à avoir accueilli Marine Le Pen, vendredi 7 juillet, à l'aérogare Roland Garros. Des militants culturels, des syndicalistes enseignants, des altermondialistes, et puis des quidams venus à titre personnel. Un accueil chaud, rejetant la xénophobie véhiculée par le parti à la flamme tricolore, et les petites phrases vomitives de son vieux chef. « Aux Antilles, au moins, bana na courage. Le Pen i met pas le pied là-bas », entend-on dans les boutiques de l’île. C’est vrai. Mais on entend aussi, dans les mêmes endroits des discours qu’applaudiraient tous les petits fachos de base, sur les « Comores » qui envahissent la Réunion, les Malgaches qui viennent manger notre riz, et tous ces étrangers trop nombreux sur notre petit caillou, bouffé par le chômage, les minimas sociaux, et la démographie galopante, cause de tout le reste. Marine, fille présentable de son soudard de père, aura même peut-être pu apercevoir, sur le chemin de l’hôtel, graffité sur un mur, un « Zoreil déor » devenu anodin. Trop de racisme tue le racisme Reste que le discours du FN vis-à-vis des originaires des Dom est pour le moins ambigü. Quand Jean-Marie, surfant sur un mode de pensée bien rôdé, estime que l’équipe de France de foot est « trop colorée » pour représenter la nation, il se fait le porte-parole de nombreuses conversations de bistro. Mais en même temps dénie la qualité de Français aux Antillais d’origine qui composent la majeure partie de la « coloration » de cette équipe. Or le FN tente de s’attirer les bonnes grâces de l’Outre-mer, depuis des années, en expliquant que c’est la qualité de Français qui prime sur la couleur de la peau. Les auteurs de ces lignes ont eu l’occasion, par le passé, de s’entretenir sur la question avec Roger Holleindre, figure historique du FN et compagnie de route du lider maximo du parti, Jean-Marie, ainsi qu’avec Huguette Fatna, déléguée du Front pour les Dom, Antillaise, cafrine sculpturale et alibi noire d’un parti plutôt blanc que rouge et bleu. L’argument, qu’on vous résume, est celui-ci : « Si les originaires des Dom sont en butte au racisme, c’est parce que les Français les confondent avec des étrangers, Maghrébins ou Africains. S’il y avait moins d’étrangers, il y aurait moins de racisme, puisqu’on ne vous confondrait plus avec des noirs d’ailleurs. Vous êtes Français, et le FN favorise les Français ». C’est tiré par les cheveux rares d’un skinhead, mais le Front n’a pas trouvé mieux, en cherchant du côté des Jésuites, pour tenter de s’implanter dans les Dom, un territoire qui, électoralement, leur échappe encore. Marine, en tout cas, à du boulot pour convaincre. Il n’y a qu’à voir la foule bigarrée qui a fêté les victoires de l’équipe de France dans toute l’île. Un clin d’½il à cette France colorée, même si plus personne ne croit au mythe d’une Gaule black-blanc-beur. A nous de balayer devant notre porte, pour qu’on ne revienne pas au temps de la marine à voiles, de la coloniale, et des Volontaires de Bourbon. Frenchy et Laurelen (Juillet 2006) |
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| On est tous népotes La Réunion, petite île de l’océan Indien, a longtemps été caractérisée par le cousinage. La chaleur aidant, et la population restreinte obligeant, on couchait avec sa cousine. D’où les petits blancs des hauts, et l’émission honteuse de TF1 il y a 15 ans. C’est aussi ça qui a fait ce métissage dont, à juste titre, on est si fier par chez nous. Le maître a couché avec l’esclave, l’engagée avec le boutiquier chinois, le zoreil avec la malbaraise, et tout ça a fait d’excellents Réunionnais. Parce que de ces unions font des enfants, et qu’à la Réunion, l’enfant est sacré. Placé plus haut qu’un dieu sur l’autel des jours qu’on espère meilleurs, nos marmailles sont nos demains métissés, notre modèle à nous, qu’on montre avec un brin de condescendance à la face d’un monde qui se renferme de plus en plus sur des modèles communautaristes, ethniques, religieux… L’amour de nos enfants vaut-il qu’on en fasse un modèle politique ? Le problème se pose quand nos « grands hommes » n’ont comme unique obsession que de placer leur progéniture à des postes importants, sans qu’ils ne l’aient en aucune façon méritée. Que la dynastie Michelin perdure, malgré le drame qui a frappé le jeune Edouard, connu surtout pour avoir jeté à la rue des milliers de ses employés, c’est une chose. Que Lagardère fils remplace Lagardère père, c’est normal. Idem pour Bouygues. Ou encore Albert de Monaco, c’est ainsi que ça se passe dans les monarchies (voir les Louis numérotés en France). Fils de… Mais qu’à la Réunion les places politiques soient numérotées et octroyées génétiquement peut poser question. Le fils de Paul Vergès, Pierre, promis à sa succession à la tête du PCR, directeur de la SEM21 avec un salaire astronomique payés sur fonds publics ; la fille du même Paul, exilée très tôt dans de lointains pays anglo-saxons, Françoise, donc, bombardée patronne d’une putative maison des civilisations avec un salaire équivalent à 12 fois le smic ; le fils de Jean-Paul Virapoullé, Jean-Marie, président de la communauté des communes de l’Est (Cirest)… Même Nassimah Dindar s’y est mise en propulsant son fils au cabinet du conseil général. On passera sur les belles-filles, beaux-fils, cousins et beaux-frères (Citons au passage Maya Césari, conseillère régionale, qui est pour Paul Vergès plus qu’une petite-fille), pour simplement poser cette question : comment expliquer aux 30% de chômeurs réunionnais et aux multiples smicards et érémistes qu’on trouve du travail par le mérite et le savoir-faire, quand leurs élus placent leurs enfants à des postes élevés, payés grassement sur des fonds publics, quand la seule règle qui prévaut est celle de « prends l’oseille et reste là », que la seule qualification professionnelle qui est demandée à l’embauche d’un emploi public d’importance dans une collectivité territoriale est d’être « fils de » ou « fille de ». La Réunion, terre de tous les métissages, est devenue terre de népotisme. Et surtout, touches pas à mon népote. Frenchy (juin 2006)
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