Le cri de l’hippocampe
Un texte d'Appollo, de son exil doré au Luanda, visible sur son blog (http://appollogue.blogspot.com/). Où l'on voit que Mayotte est bien loin de la France...
Les forces comoriennes et africaines débarquent à Anjouan, et le général Bacar s'enfuit à Mayotte. Arrété par la gendarmerie nationale, il est déplacé à la Réunion pour y être jugé.
Ca, tout le monde a pu le lire dans la presse nationale.
Mais que s'est-il passé ensuite à Mayotte ?
Il semble que des émeutes ont éclaté, que des centaines d'anjouanais vivant dans l'île se sont rassemblés, que tout cela a dégénéré, avec voitures brûlés et affrontements avec la police.
Où peut-on lire des nouvelles de Mayotte ? Sur le site du Jir qui titre "Chasse aux blancs à Mayotte". Rien que ça.
On y apprend que les émeutiers s'en sont pris prioritairement aux "mzungus" (les blancs), qu'il y a eu des tabassages en règle, des enlèvements, une main coupée, des lapidations, sans doute des morts... On y dit aussi que les mahorais se regroupent à leur tour pour attaquer les anjouanais.
Les réactions à l'article, dans un premier temps, sont hallucinantes : indignation, propos racistes, dramatisation à outrance.
Comme je me méfie naturellement du Jir (dont le rédac chef est un ancien de Minute(1)), je vais vite consulter les sites de Libé et du Monde. Et rien, pas un mot : se pourrait-il que Mayotte connaisse de violentes manifestations meurtrières à caractère éthnique sans qu'un seul grand quotidien national n'en pipe mot ? Se pourrait-il que la vraie-fausse nomination de Bénamou à la villa Médicis soit plus importante qu'une explosion de violence communautaire dans une île française ? Ou alors, est-ce le Jir qui pète les plombs ?
Les deux, mon capitaine : Libé finit par en parler, et les commentaires sur les forums de discussion éclairent un peu mieux la situation. Oui, il y a eu des émeutes violentes, oui, elles ont tourné parfois à des agressions racistes, mais il n'y a eu ni morts, ni main coupée, et le calme ("relatif" selon l'expression consacrée) est revenu.
J'en tire plusieurs conclusions : d'abord que Mayotte est dans une situation explosive et qu'on peut redouter le pire pour cette île si aucune solution n'est trouvée, ensuite que le Jir a une fâcheuse tendance à raconter un peu n'importe quoi, à laisser parler tout un tas de fantasmes assez nauséabonds, enfin qu'en France métropolitaine, on en a rien à branler de l'outre-mer, dont les habitants ne resteront dans l'imaginaire collectif, que des citoyens de deuxième catégorie.
Appollo
(1)Jacques Tillier a quitté ses fonctions de directeur du Jir en avril dernier.