Viols à l'Ermitage : un quartier si tranquille

Série de viols sur la plage de l'Ermitage. Mais personne n'a rien vu, rien entendu. Il ne se passe jamais rien à l'Ermitage, un si joli ti quartier...



Viols à l'Ermitage : un quartier si tranquille
La plage de l'Ermitage est tranquille sous ses abris de filaos. Les marmailles y jouent, s'y baignent, se blessent les pieds sur les coraux. Rien à voir avec les Roches-Noires et surtout Boucan-Canot, plages à seins, plages à frime, plages à pectoraux luisant sous les huiles de bronzage. Pourtant, l'Ermitage devient depuis quelques mois un endroit à éviter, la nuit du moins, pour les jeunes filles et les femmes. Depuis le début de l'année, trois viols collectifs ont été commis sur la plage de l'Ermitage, à proximité des boîtes de nuit. Pas loin de l'ex-VVF, là où les familles font des pique-nique le dimanche. Dans deux des affaires, plusieurs suspects ont été mis en examen.
L'Ermitage deviendrait-il un endroit privilégié du viol à la Réunion ? En tout cas, dans ce quartier très soft, ces affaires ne font pas grand bruit. Pas un mot dans les rares bistrots du coin, fermés avant 22 heures pour ne pas déranger les retraités qui constituent la majorité de la population de l'endroit.
Il y avait une fontaine sur le mail Rodrigue, la vaste allée piétonnière qui mène sur la plage. Depuis deux ans, il n'y a plus d'eau dans le bassin. Les riverains ont envoyé une pétition à la mairie : le jet d'eau faisait trop de bruit...
Le patron du bar l'Hémisphère organisait des concerts les dimanches soir. Il arrêté, suite aux plaintes des voisins. Les concerts, jazz, accoustique, finissaient à 22 heures. Trop tard, trop bruyant pour un voisinage aussi particulier. Voisinage que ne dérange sans doute pas le manque d'isolation accoustique des quatre boîtes de nuit qui se partagent la zone. Dimanche dernier, dans les appartements du mail Rodrigue, on pouvait égréner dans ses chambres, comme si on était sur la piste, les paroles de Téléphone (« Un autre monde » ) et de Trust (« Antisocial »). Au moins, le DJ avait-il bon goût.
Il y a quelques semaines, des cagnards ont tout cassé dans le quartier : plantes vertes renversées, poubelles brûlées... Tout le monde a entendu. Et tout le monde a vu des balcons protégés des sans-sommeils de l'Ermitage. Un quartier si tranquille. Un quartier où la trouille règne. « C'est à cause des boîtes de nuit. Tous les week-ends, les gars débarquent de Saint-Denis ou de Saint-Benoît. Ils foutent le bordel » commente un (jeune) habitant des lieux. En témoignent les signes distinctifs des raids de fin de semaine : essentiellement du verre brisé, des canettes de Dodo vides, et, en cherchant bien, des capotes usagées.
A côté du Score, il y a un mendiant. Qui dit merci quand on lui jette une pièce de vingt centimes d'euros. C'est un peu le gentil paria du quartier. Les enfants jouent autour de lui en riant. Lui aussi s'abrite à la nuit tombée.
Les viols dans tout ça ? Personne n'en parle. « C'est un peu un sujet tabou, ici », lâche l'employé d'une rondavelle proche de la plage. « On en a entendu parler. Un des gars impliqués, on l'a vu le soir même, juste avant. On ne comprend pas ce qui lui a pris », ajoute un jeune client.
Un autre précise : « ici, personne ne dit rien. Un clochard s'est fait couper en deux par une voiture, en fin d'après-midi, il n'y a pas longtemps. Il y avait plein de monde. Mais personne n'avait rien vu. Quand les gendarmes sont venus, personne n'a rien pu leur dire ».
On ne dit rien à l'Ermitage. Il y a le ciel, le soleil, et la mer. Et des jeunes femmes violées sur la plage. Mais ça ne fait pas beau dans le paysage.

François GILLET

Vendredi 28 Août 2009
françois gillet
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