Retour à Zoreyland



Retour à Zoreyland
Qu'on ne s'y trompe pas : ce titre n'a rien de péjoratif. Encore moins de raciste. Il faut savoir poser des préambules avant de déambuler plus avant, surtout quand on marche sur des oeufs. Ou, en l'occurrence, sur des coraux morts ou des grains de filaos (dans les deux cas, ça fait mal aux pieds). Zoreyland, c'est 10 kilomètres de long, sur la côte ouest de la Réunion. Là où sont les rares plages de l'île. Là aussi où s'entassent les boîtes de nuit, les restaurants, les magasins de souvenirs... Bref, c'est un coin touristique, sauf que rien n'est fait pour y attirer le touriste. C'est un peu notre fierté créole : on aime bien les touristes, mais il faut quand même qu'ils comprennent que la Réunion n'est pas une fille facile, qu'il y a plus de coraux morts et de grains de filaos à gagner dans le pié que de sourires lé dou et autres fariboles concoctées par les offices de tourisme successifs.
Donc, Zoreyland. Un endroit qui mérite bien son nom. Des années que je n'avais pas mis les pieds sur le bord de mer de l'Ouest. Enfin, que je n'y avais pas posé mes bagages. J'ai passé mon enfance à la Saline. la Saline des cases Tomi et de Luc Donat. La Saline des pique-nique sous les filaos, des jeunes gens vangueurs, et des jeunes filles alanguies, mais méprisantes, pour le principe. Aujourd'hui, les case Tomi ont disparu, ou s'abritent derrière des murs plus hauts que ceux de la nouvelle prison de Domenjod.
Dieu merci, il reste les pique-nique et les chemins de sable. Mais il y a des immeubles, à profusion. Petits, mais étalés sur tout le littoral. Du bétonnage progressif, plutôt esthétique, qui gagne sur le sable, qu'on n'a pas vu venir, qui envahit tout. A l'Hermitage (ou l'Ermitage, c'est comme on veut), on a l'impression d'être sur la Costa Brava, ou sur certaines côtes du sud de la France. Des appartements qui s'empilent. Face au lagon. Et le matin, à la boulangerie, le soir, au bistro, le même uniforme : savates -oui, on peut dire tongs aussi, bermudas mode, tee-shirt, lunettes de soleil, bronzage de rigueur. Et 80% de métros. Encore une fois, qu'on s'entende bien : ce n'est pas la présence de « Réunionnais d'origine métropolitaine », pour reprendre la terminologie en vigueur dans les médias nationaux (« un Français d'origine comorienne », par exemple) qui pose problème. D'ailleurs, ça ne pose aucun problème. A personne. Non, ce qui est gênant, c'est que, tout doucement, on a fabriqué des ghettos à la Réunion. Un ghetto zoreil dans l'Ouest. Un quartier malbar à Saint-André. Des communautarismes qui se congratulent à Saint-Denis ou à Saint-Pierre, entre fête de Guan Di et Dipavali, entre débat sur le voile et « Fêt Kaf ». Il y a encore quelques années, il ne serait venu à l'idée de personne de parler de « communauté chinoise ». On disait « té chinois, koman i lé ! ». Mais on ne mettait pas les gens dans des cases (oups, pas fait exprès).
Voilà, je découvre Zoreyland. Ici, on vit entre soi. Pas par racisme. Par mimétisme. Et c'est peut-être plus embêtant. Parce que la Réunion ne survit depuis quatre siècles que par son sidérant mélange. Et que tous les zoreylands, malbarlands, chinatown et autre rue Maréchal Leclerc sont un poison lent et insidieux qui va tuer doucement le seul endroit au monde où l'on est incapable de déterminer l'origine ethnique d'un enfant.

François GILLET

Lundi 13 Juillet 2009
françois gillet
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1.Posté par faucoré le 13/07/2009 01:00

Bien joué, bien dit. Et c'est vrai qu'à force de ne pas le dire on va se le prendre sur la gueule.

2.Posté par lili le 13/07/2009 17:20
ça se voit que ça fait longtemps que tu n'as pas mis les pieds à st gilles.
Même si la majorité ce sont des zoreils, certains y sont depuis plus de 30 ans! Et regarde bien autour de toi, mais de nombreuses villas ont été rachetés par les zarabes de st denis!!!! Sauf qu'ils ne sortent pas beaucoup, tu les trouveras de temps en temps sur la place Julius Bénard en train de manger une crèpe! Ils sont justement nombreux du côté de l'(H)Ermitage! Et le soir dans les bars et dans les boîtes y a pas que du zoreil!!! Les apparences sont trompeuses même si la communauté zoreil est la plus importante!
ps: pourquoi y a plus le H à Ermitage?

3.Posté par antoine le 15/07/2009 12:23

Je pense que François Gillet est dans le vrai si l'on considère qu'être zoreil n'est pas un état, mais un état d'esprit. Que peuvent épouser certains créoles et zarabes.
L'important, pour faire vite, c'est que la Réunion n'est plus réunionnaise. Peut-être, me diras-tu, Lili, est-ce le mouvement naturel des choses. Le débat est ouvert.

4.Posté par nathalie delmas le 16/07/2009 00:43
Même si sur certains points je te rejoins, je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi François (si je peux me permettre) en revanche, je serais plutôt d'accord avec Lili sur ce sujet... je suis zoreil, certes j'habite à l'hermitage mais ce n'est pas pour autant que je passe ma vie aux roches noires ou à saint-gilles, à dire vrai, je n'y mets jamais les pieds (désolée pour les commerçants !)... et je pense d'ailleurs que lorsque je vais acheter un cari rue du père lafritte, je me sens très bien zoréole ! ... après 18 ans c'est peut-être normal :) je pense que cela faisait peut-être un peu trop longtemps que tu n'avais pas bougé par là... Oups j'ai mis le H à l'ermitage !

5.Posté par françois gillet le 16/07/2009 01:01
Oui, Nathalie, tu peux te le permettre : ). Et pour l'(h)ermitage, on ne sait toujours pas, le débat fait rage... Juste pour préciser, comme je l'ai mis au début de mon papier (parce qu'il faut faire attention à ce qu'on dit, que les mots peuvent être coupants comme des coraux vivants), que le zoreyland faisait plus référence à une espèce de bizarre disneyland qu'à un quelconque ostracisme. De ma part ce serait d'ailleurs une forme de masochisme. Le propos, mais je l'ai sans doute tenu maladroitement, c'est le développement des communautarismes à la Réunion. Juste un gros malaise qui me vient depuis quelques années... C'est dur de vieillir.

6.Posté par lili le 16/07/2009 10:14
C'est surtout le titre qui était maladroit. Le problème est qu'il n'y a que St Gilles qui a été rebaptisé en fonction de la population qui y vit. Je n'ai jamais entendu parler de Zarabland ou de Malbarland. Mais là ce sont des zoreils qui vivent en majorité dans ce coin, on le dénonce et ça devient vite une insulte. Ils n'auraient pas été là que personne n'aurait rien eu à redire... Il est vrai que dans le début des années 80 ce sont les zoreils qui ont massivement fait construire et que ça faisait très petite communauté. Mais je trouve au contraire qu'aujourd'hui St Gilles s'est énormément ouvert, démocratisé, qu'il y a une mixité plus importante... J'ai aimé St Gilles quand il n'y avait pour ainsi dire personne, et maintenant j'adore St Gilles parce qu'il y a plein de monde de toutes origines.

7.Posté par antoine le 16/07/2009 23:51


Lili, Malbar et Zarabe reviennent souvent sous ta plume. J'espère que tu ne les isoles pas. Que tu ne les catalogues pas.

8.Posté par lili le 17/07/2009 18:20
Absolument pas. C'est juste deux communautés très importantes dans l'île et on n'en fait pas tout un plat; Alors pourquoi pour les zoreils?

9.Posté par antoine le 17/07/2009 21:52

C'est vrai: pourquoi les zoreys? Mais moi qui en suis un, disons un semi zorey après trente ans de Réunion, j'ai tendance à croire au déterminisme. Il n'y a pas d'effet sans cause. La cause n'explique pas tout, mais elle existe.

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