Quotidien : une claque au Medef



Quotidien : une claque au Medef
C'est Le Pirate qui l'avait annoncé en premier (oui, nou lé un peu vantard, mais si sé pa nou ki di, personne i va dire) : après 13 jours de grève, Alain Bailly, second actionnaire du Quotidien après Maximin Chane-Ki-Chune, a pris les choses en mains et enjoint le directeur du journal, Thierry Benbassat, de parvenir à un accord avec l'intersyndicale ce lundi, de façon à ce que le canard puisse reparaître dès mardi.
Un revirement étonnant quand on sait que la direction a pendant près de deux semaines joué le pourrissement. Et d'autant plus incompréhensible quand on sait que, si les grévistes ont perdu un tiers de leur salaire dans l'aventure, les pertes en ventes et en pub pour l'entreprise se montent à plusieurs centaines de milliers d'euros.
Selon nos informations, la direction a jusq'au dernier moment tenté de rogner quelques ducats, et tenté de diviser les différentes catégories de personnel (journalistes "nantis" contre employés de presse "victimes"). Ce qui explique que l'accord, quasiment finalisé à 14 heures, selon les instructions d'Alain Bailly, n'a été signé que peu avant 20 heures, lundi...

La peur de la contagion

La résistance de la direction face à des revendications somme toute raisonnables et classiques dans tout dialogue social semble presque surréaliste. Elle s'explique d'abord par une tradition au Quotidien (et dans la presse réunionnaise en général : au Jir, sous Tillier, être syndiqué était interdit. A Témoignages, mais oui, on a viré tous les journalistes historiques il y a deux ans parce qu'ils... avaient fait grève) : celle du mépris. Tant Alain Bailly que Maximin Chane-Ki-Chune ont toujours considéré les journalistes comme des danseuses, indispensables, hélas, pour remplir le canard, mais trop coûteuses. Bizarrement, on embauche à prix d'or, sans sourciller, quelques gouyaves de France as du marketing, on débauche des banquiers, on se fait avoir par des boîtes informatiques bidon mais ça fait joli sur les parcours de golf et les courts de tennis.
Ensuite, pour comprendre la difficulté de dialogue dans cette grève, il faut simplement savoir qu'après le mouvement social de l'an dernier, la prime Cospar, la grogne des salariés du privé face à la vie chère et aux salaires en berne, le Medef est sur ses gardes. "Les patrons à la Réunion sont dans une logique de défense. Il y a eu la crise, bien sûr, mais surtout ce mouvement des salariés de l'outre-mer, initié aux Antilles, et la remise en cause par le gouvernement des niches fiscales. Les patrons des Dom profitent largement des différentes mesures de défiscalisation. Et puis l'effet Caillé joue. Si ce grand patron est en difficulté, ça veut dire que tout le monde peut l'être", nous confie un ancien chef d'entreprise, aujourd'hui retiré (officiellement) des affaires. Et d'ajouter : "Le Medef craint l'effet de contagion. Au début, on croyait que c'était une grève des journalistes. On s'est aperçu qu'il s'agissait d'une revendication salariale globale de l'entreprise. Et que ce sont les bas salaires qui en sortent gagnants".
L'accord finalement signé prévoit en effet une augmentation de 5% net sur les bas salaires (jusqu'à 1,4 smic), qui monte à 6% mécaniquement avec les accords de branche. Et une prime de 5 à 700 euros par an pour les salaires supérieurs. Inacceptable pour les caciques du Medef. "Si on a fait grève, c'est pour ces salariés, par solidarité", assure un cadre du Quotidien. Car les 10 jours ouvrés de grève ne seront pas payés. Le travail reprend au Quotidien, les traites de fin de mois tomberont dans une semaine.

François GILLET

Lundi 26 Juillet 2010
françois gillet
Lu 1564 fois



1.Posté par le cardinal le 27/07/2010 14:08

Sacré Bailly. Il voulait que Belle soit diffusé, avec la fin de la grève au Quotidien, Belle (qui "ne peut être vendu séparément", c'est écrit dessus) a été diffusé ce mardi. Cela permet à Bailly, numéro 2 et éminence grise du groupe, de sauver la face et le tiroir caisse. Il faut savoir en effet que des couplages publicitaires existent entre Belle et... Visu, la chasse gardée de Bailly. Sa poule aux oeufs d'or. Le reste, c'est à dire Le Quotidien (sans lequel ni Visu, ni à l'époque L'Echo des Quartiers, autre ramassis baillesque, n'auraient pu exister voire prospérer à peu de frais, merci Chane Ki Chune!), le bonhomme s'en fout. Ou s'en tamponne pour causer comme cézigue. C'est trop de soucis, un journal. Vive Belle, et surtout et bien sûr Visu et les pub pour payer la Lexus et le reste...

Nouveau commentaire :
Twitter

Les commentaires sont modérés a priori par l'équipage.

L'Edito | Actus Réunion | Zembrocal | Moucatage péi | Dann Péi Déor | Le Vieux Papangue | L'Equipage | Vieux papiers