Quotidien : les grévistes lancent un journal maron



Quotidien : les grévistes lancent un journal maron
C'est déjà la plus grande grève de l'histoire de la presse à la Réunion. Depuis deux semaines, les journalistes, les employés de presse, les salariés de la distribution, ceux du service pub et des petites annonces ont cessé le travail. La situation reste au point mort, malgré plusieurs réunions, et la médiation de la Direction du travail. de nombreux élus et des syndicalistes sont également intervenus pour que la situation se débloque et, qu'au moins, de vraies négociations interviennent. Pendant ce temps, le patron du groupe Quotidien, Maximin Chane-Ki-Chune, est toujours en vacances, et ne devrait pas rentrer avant le 8 août. En vacances aux Bermudes, précisément. Ce qui fait craindre au personnel qu'il ne se perde dans le tristement célèbre triangledu même nom...
Le directeur du Quotidien, Thierry Benbassat, en charge des négociations pendant l'absence de CKC, devrait à son tour partir en vacances en fin de semaine prochaine. Rien de tel que des congés bien méritées pendant que son entreprise est bloquée par un mouvement social. D'ici à ce que les actionnaires du Quotidien en profitent pour délocaliser la boîte aux Bermudes...
Les grévistes, quant à eux, sont plus déterminés que jamais. Ils ont lancé un site web, Le Kotidien (voir encadré) , pour expliquer leurs revendications. Ils ont également ouvert un compte de soutien où les particuliers peuvent faire des dons via paypal, les salariés commençant à sentir financièrement le coût de la grève.
Une grève qui commence à faire du bruit au-delà de notre petit caillou, plusieurs titres nationaux s'en étant fait l'écho.

François GILLET

"Contre le cynisme patronal"

Ci-dessous l'article du Kotidien dans lequel les grévistes du Quotidien expliquent les raisons de leur mouvement :

"Au-delà de leurs revendications salariales, les grévistes du Quotidien se battent contre le cynisme patronal et pour un retour vers plus de justice sociale.
Pour obtenir 10% d’augmentation sur les bas salaires (ceux inférieurs à 1,4 Smic) et une prime exceptionnelle d’environ 1 000 euros, 70% du personnel du Quotidien, dont la quasi totalité des journalistes, se sont mis en grève le lundi 12 juillet. Depuis cette date aucun journal n’a été imprimé.
L’extraordinaire détermination des grévistes va chercher son origine au-delà de ces deux revendications. Ils demandent ni plus ni moins qu’un partage plus équitable des richesses qu’ils créent. Ils dénoncent la mise en place par leurs actionnaires d’un réseau de gestion, « la nébuleuse », concentré sur un seul objectif : l’utilisation des mesures publiques de défiscalisation et d’exonération de charges sociales pour l’enrichissement exclusif des dirigeants au détriment des salariés.
Ce schéma tend à se généraliser dans la plupart des groupes économiques structurés de La Réunion. C’est pourquoi le combat des employés du Quotidien peut aussi être celui de nombreux salariés de ce département, champion de France des injustices sociales.

Des salaires au plus bas

Seule la prime « Cospar » de 50 euros permet aux employés de presse – qui aux côtés de journalistes de la rédaction contribuent à la fabrication de votre journal – d’atteindre le montant minimum légal du Smic. 1 139 euros par mois après 20 ans d’ancienneté : c’est inadmissible.
Les journalistes (rédacteurs, photographes, secrétaires de rédaction) subissent quant à eux l’absence de toute politique salariale. Eux aussi, sont payés au niveau minimum légal fixé par leur convention collective. Ce qui fait qu’un journaliste ayant 2 ans d’expérience gagne 1 300 euros par mois son collègue ayant 20 ans d’expérience n’en gagne que 1 800 : c’est inadmissible.
Arguant des difficultés que rencontrent les entreprises de presse, la direction du Quotidien a encore accentué sa politique de rigueur ces dernières années en ayant de plus en plus recours à des contrats précaires et en rabotant les primes et les remboursements de frais. Ces « économies de bout de chandelle » se sont accompagnées d’un recul inédit du dialogue social.

Une nébuleuse financière

La stagnation des revenus et la détérioration des conditions de travail sont d’autant plus inacceptables qu’elles se déroulent dans un groupe qui dissimule sa prospérité par le montage astucieux d’un réseau d’entreprises, avec toujours les mêmes actionnaires-salariés à leur tête, qui n’a d’autres fonctions que celle de rediriger tous les bénéfices vers les sociétés SPR et Médiafi (voir schéma ci-dessus). Une expertise comptable réalisée pour le compte du comité d’entreprise a permis aux représentants du personnel d’évaluer à un million d’euros, cette « évasion » vers les comptes en banque des patrons. C’est juridiquement légal, mais socialement détestable.

D’autant plus détestable que le Quotidien a su bénéficier, toujours aussi astucieusement, de toutes les aides publiques mises en place pour favoriser le développement de l’outre-mer. Un organe de presse qui a gagné l’attachement des Réunionnais par le regard critique qu’il a posé sur l’actualité de leur île, peut-il se fourvoyer dans les vices et les spéculations qu’il est censé dénoncer ? Assurément non.
Par leurs revendications salariales, les grévistes du Quotidien veulent que le symbole du Quotidien demeure ce paille-en-queue, signe d’espoir, plutôt que la pieuvre qui apparaît lorsqu’on regarde ce qu’est devenu l’organigramme de
leur entreprise.
Les mesures financées par les contribuables afin de favoriser l’emploi et le développement économique et social ont été allègrement détournées de leur but alors que les salariés doivent toujours se serrer un peu plus la ceinture. C’est cynique et ça ne peut plus durer. Au Quotidien comme ailleurs".

Samedi 24 Juillet 2010
françois gillet
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1.Posté par Tcherno-Bill le 25/07/2010 23:09
Qu'ils continuent avec Kospar ! Qu'ils en fassent un journal gratuit , ça peut fonctionner ! Leur patron fera quoi ?

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