Quand l'hôpital se fout de la charité

Un papier de Gézé, blogueur invité, sur la mauvaise santé du système hospitalier français. Illustré par le cas dramatique de la mort de la jeune Prisca. Ou quand la grippe a bon dos...



Quand l'hôpital se fout de la charité
Vous me direz, je ne suis pas médecin, donc, comment pourrais-je parler d’un tel sujet... Pourtant avec un tant soi peu de bon sens et de la lecture, ce sujet qui fâche peut être abordé par un béotien tel que moi, vous et pas mal d’autres. Combien de fois un patient en pas si mauvaise santé se retrouve à l’hôpital... Puis décède d’une maladie autre que celle qui l’avait amenée ?
Ce qui me pousse à écrire ce billet, est la disparition dramatique d’une jeune fille de 18 ans, survenue dimanche 13 septembre à l’hôpital Félix-Guyon de St Denis de la Réunion.
Prisca M’Némazine, le 10 août dernier, a été admise au service d’hématologie de l’hôpital Bellepierre afin d’y subir une chimiothérapie et un prélèvement de moelle osseuse. Elle souffrait d’un cancer des ganglions. Une fois sur place, son état s’est rapidement dégradé. Selon la famille, la jeune fille aurait contracté une pneumonie et une maladie nosocomiale avant d’être infectée par le virus de la grippe A (H1N1), d’après un prélèvement effectué le 31 août. Un diagnostic qui laisse les parents perplexes. “On lui avait fait une analyse il y a une dizaine de dix jours. Le résultat était négatif”, indique la mère de la victime, qui attend davantage d’explications de la part du corps médical. Et la maman de poursuivre, en tenant une photo de sa fille : “Elle allait mieux, elle devait subir sa dernière chimio, elle devait sortir le 11 septembre.” “Ayant contracté une pneumopathie, elle a été transférée le 31 août au service de réanimation où elle a présenté un syndrome de détresse respiratoire aigu et des complications qui ont rapidement engagé le pronostic vital.
Sous le coup de l’émotion, la famille M’Némazine a annoncé qu’elle comptait écrire à la direction du CHR ainsi qu’à l’association des usagers de l’association, pour, d’une part, avoir accès au dossier médical, et d’autre part, rapporter des dysfonctionnements dans la prise en charge de leur fille : “Il y a eu un manquement dans les soins, accuse une cousine de la victime. Prisca occupait une chambre stérile sale. Et les médecins se sont contentés de lui administrer du Toplexil (médicament contre la toux sèche, ndlr) alors que son état commençait à empirer” (...)1
D’abord plusieurs choses : obtenir son dossier médical relève du chemin de croix, ensuite, avoir une explication claire et simple des médecins relève aussi du chemin de croix et enfin que l’administration d’un hôpital reconnaisse ses tords relève encore du chemin de croix... Beaucoup de chemins de croix, pour des familles éplorées qui elles ne devront se contenter d’une seule croix, celle posée sur la tombe de l’être aimé...
Je ne veux absolument pas donner l’impression de tirer sur l’ambulance, car bien souvent ce corps médical (surtout les petites mains) fait des miracles au quotidien, mais plutôt mettre en perspectives les dysfonctionnements d’un système hospitalier, qui bon an mal an a son nombre de victimes qui devraient encore aujourd’hui être parmi nous et accessoirement me lire...
Depuis des années, et cela ne s’arrange pas, des bruits courent sur des cas avérés du non respects des procédures d’hygiène dans nos hôpitaux, car, cette jeune Priscilla était bien hospitalisée en chambre stérile, et comme son nom le porte bien, si la chambre est stérile, comment une fois de plus un ou des virus ont-ils put y pénétrer ? Laxisme, routine, manque de formation des personnels ? Ce qui est certain, c’est qu’une jeune patiente en chambre stérile ne devrait pas attraper selon sa famille « une pneumonie et une maladie nosocomiale avant d’être infectée par le virus de la grippe A (H1N1) ». Cela fait beaucoup non, pour une malade en état de faiblesse suite à un traitement lourd ?
Notre système de santé souffre d’un vrai handicap. La formation du personnel, particulièrement le moins qualifié, qui pourtant est le plus souvent au contact des malades, mais cela est vrai aussi dans tous les autres secteurs de la société française... Pourquoi s’embêter avec ces « petits » insignifiants hein ? Alors que nous les « chefs » pensons, agissons, gouvernons...

Dans un article très intéressant du POINT2 - 700 établissements publics passés au crible, 50 pathologies évaluées, des classements exclusifs. Voir le tableau d'honneur des 50 meilleurs hôpitaux de France – D’abord, vous ne pourrez lire que les 50 établissements les mieux classés, j’aurais bien voulu lire les 50 les moins biens classés... Mais là on touche au pas touche... Bref, j’ai ouvert plusieurs pages des ces tops 50. Ce sont des tableaux très bien fait, une section m’a particulièrement intéressée : Lutte contre les infections. Notée de 4 à 1 étoiles...

- Pour les hôpitaux - Cancers ORL, un service où le patient est particulièrement vulnérable aux infections dut à son système immunitaire en panne ; je lis par exemple - Institut G.-Roussy (CRLCC), Villejuif (Val-de-M)3 classé 1er sur 220 ! Avec seulement 1 étoile, oui 1 étoile ! On ne peut pas dire que la lutte contre les infections soit pour ce classement le fer de lance de cette « étude ». Sur 40 hôpitaux classés dans cette rubrique, 11 obtiennent 1 et 2 étoiles... Quand je vous disais qu’il fallait savoir lire...

C’est aberrant, d’autant que le 40ème obtient une note de 15,36 sur 20... Imaginez le 220ème, on est à moins combien ? J’ai ouvert d’autres rubriques, et toutes de la même eau... La lutte contre les infections est le cadet des soucis de nos blouses blanches ou des managers à calculettes des bureaux ; d’ailleurs, c’est la dernière colonne avant la note... S’il s’agissait de restaurant, je pense que le poste hygiène arriverait en 1er non ? Mais pour les hôpitaux que dalle ; les chambres froides sont à vomir, les serveurs s’en balancent, le cuistot crache dans la soupe... Du vrai Gordon Ramsay dans son émission « Cauchemar en Cuisine » (Hell’s Kitchen)

La suite est pour la famille de Prisca. Il existe en France une association ; l’association Le Lien,

B.P. n° 236 - 91943 COURTABOEUF CEDEX

Tél. 01.69.07.26.26 - Site internet : www.association-lien.org - spécialisée dans l’aide aux victimes d’infections nosocomiales. Vous vous doutez bien que notre administration ne fait pas des pieds et des mains pour promouvoir cette association ; de plus, il y a la Commission régionale de conciliation et d'indemnisation des infections nosocomiales.4 Logiquement avec ces informations vous devriez en savoir plus concernant la disparition de votre fille.

Lorsque je lis les titres de la « presse », j’ai envie de les découper au scalpel ces journaleux : dans le figaro : « L'organisation des hôpitaux publics est «d'une diversité qu'on ne soupçonne pas». La Cour des comptes, qui en a vu d'autres, reste étonnée des écarts de productivité et d'effectifs qu'elle a découverts. »5 Ce « baveux » de Figaro dans sa rubrique « économie »... Economie ! Qui relai ce genre d’information me fais gerber : la « productivité » des « effectifs »... Un peu comme chez Renault, combien faut-il de temps à un ouvrier pour produire une pièce du klaxon ? Dommage que ce klaxon n’imite pas les cris de la famille de Prescilla, peut être que le badaud en traversant les clous tournerait la tête en entendant les voix de cette famille... (...) D'où le sentiment de la présidente de la sixième chambre qu'«il existe dans tous les établissements des marges d'amélioration», et que la baisse des déficits «est davantage un problème de réduction des coûts que de hausse de l'activité et des recettes» (...)6 Si j’étais vous chers amis de la 6ème chambre, j’irai faire causette aux familles qui enterrent, suis certain quelles vous entendraient drôlement !

Retour au infections nosocomiales : «En France, il n’existe quasiment aucun centre spécialisé dans les infections osseuses nosocomiales. Il y a urgence à développer des services de référence sur tout le territoire. Ce que le ministère de la Santé promet depuis deux ans»7 Ouais... 2 ans, 20 ans....

- (...) Hormis Ambroise-Paré à Boulogne Billancourt, il n’y a effectivement que l’hôpital de la Croix-Saint-Simon à Paris et le CHU de Strasbourg qui soient capables de recevoir ces malades en situation d’échec thérapeutique et de souffrance physique et morale. Les victimes sont souvent abandonnées à elle mêmes, car elles ignorent l’existence de ces hôpitaux spécialisés, tout comme la plupart des médecins. « La mise en place de ces centres d’excellence se heurte aux jalousies des chirurgiens orthopédistes qui ne vont pas être choisis et à l’institution des médecins infectiologies, qui s’imaginent qu’ils vont perdre une prérogative » (...)8

Ah, les prérogatives ! Spécialité bien française qui devrait être dans le cursus de l’ordre des médecins : Chef de clinique en prérogatives, ça a de la gueule non ?

Tout ça pour dire que : Je ne suis pas médecin, par contre je sais lire, vous aussi d’ailleurs ! Donc, comment ce fesse qu’un pays ayant une des meilleures médecines du monde, se retrouve avec autant de cas de malade passant de vie à trépas ? J’ai des réponses à cela : d’abord, c’est un « problème » « d’hommes », d’EGO, la « sommité » ne pourrait se rabaisser à vérifier si les personnes affectées au nettoyage des chambres se sont bien lavées les mains, si elles portent un masque.... C’est le minimum me direz vous, et ben, alors pourquoi tous ces méchants microbes, virus entrent dans les chambres stériles ? En plus, comme vu plus haut, la propreté et l’hygiène on s’en bat le serment d’Hypocrite, la solution serait de transférer les malades d’hôpitaux sales, nettoyer à fond puis de les rapatrier... Pas très prestigieux pour un mec qui veut placer ses articles dans Journal of the American Medical Association. Enfin, FORMER les personnels, je parle de formation continue moi, pas d’un « stage » de 3 jours. Et enfin, enfin, que nos pauvres infirmières, aides soignantes soient en nombre suffisant, et aient la considération du « patron » !

Voila, j’suis qu’un lecteur écrivassier qui en seulement parcourant quelques articles peut en tirer une modeste conclusion :

- Prisca est morte, rien ne l’a ramènera et je compatis avec elle, sa famille ; les hôpitaux continueront de ne pas laver le linge sale, les pontes et bien ponteront, l’état continuera ses audits pour une meilleure productivité, et moi, j’espère ne pas être malade pendant l’épidémie de grippe A !


GéZé

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Samedi 19 Septembre 2009
Gézé
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