Petits vols à la préfecture

Le patrimoine de la Réunion est en danger. Ce ne sont pas des cagnards sans fois ni loi qui le pillent, mais d'honorables fonctionnaires cravatés. Des tonnes de meubles Compagnie des Indes sont parties dans les malles des préfets, une coutume qui perdure depuis des années...



Petits vols à la préfecture
La préfecture de la Réunion est une coquille vide. Autrefois meublé avec goût, recelant d'inestimables trésors mobiliers, notamment de la Compagnie des Indes, le plus prestigieux bâtiment de l'île est aujourd'hui habillé de de cache-misère. Depuis 60 ans, chaque préfet de passage a emporté en souvenir un petit bout du patrimoine de l'île, propriété de l'Etat. C'est de notoriété publique, mais, faute d'inventaire précis, personne n'a jamais pu attester du pillage. Car c'est bien d'un pillage -en cravate et costume blanc- qu'il s'agit.
Tous les employés de la préfecture ont assisté à ces petits emprunts, au fil du temps. Pas un ne parlera "officiellement". Devoir de réserve oblige. Un devoir de réserve que n'a pas cet artisan, encore en activité, et qui a assisté à "l'emballage" de biens publics à l'occasion du départ d'un préfet, il y a quelques années. "Deux pendules comtoises, une pour le père, et une pour le fils. Avec, soigneusement emballés à l'intérieur, deux fusils anciens. On a vu disparaître d'autres choses, mais on n'a pas assisté à l'enlèvement. Simplement, on revenait, et tel meuble n'était plus là. Des meubles, des tissus, des tableaux... La chambre dans laquelle devait coucher Jacques Chirac, lors de sa dernière visite présidentielle, n'avait plus ses meubles d'origine. On les avait remplacés par du mobilier malgache. Le lit était trop petit pour Chirac...", note, pour l'anecdote, notre artisan.

A la Région et au Département, on pique aussi

Pour être complètement honnête (oui, un pirate peut parfois être honnête), il convient de préciser que cette tradition du pillage a cessé depuis une dizaine d'années. Ne soyons pas trop précis, pour ne pas montrer du doigt tel ou tel haut fonctionnaire. D'autant plus que tous ne se sont pas adonnés à la pioche dans les biens d'Etat.
Mais il n'y n'y a pas qu'à la prèf que le pillage du patrimoine est une coutume. Dans les locaux du conseil général et de la Région des meubles précieux, des rideaux de luxe, ou des tapis hors de prix disparaissent aussi mystérieusement. Et sont parfois retrouvés chez des fonctionnaires territoriaux ou des élus... Qui n'ont fait qu'un petit emprunt. sans même parfois connaître la valeur du bout de tissu qu'ils avaient amené à la case.
"Il est de notoriété publique qu'il y a des habitudes coloniales qui ont persisté", constate ironiquement un vieil amateur d'art créole. Le musée Léon Dierx a également été pillé. Les préfets se servant dans le "fond" (la collection) pour agrémenter leurs demeures de fonction (Saint-Gilles, Hell-Bourg, et, à Saint-Denis, la préfecture et la maison du directeur de cabinet, juste à côté). Là, les tableaux sont censés rester à la Réunion, mais loin des yeux du public...
"On n'a peut-être pas été assez rigoureux pendant des années", regrette un connaisseur. Mais le réel problème, c'est que depuis 1983, il n'y a plus d'inventaire des biens publics. Et que de ce fait, on peut se servir dans les fonds muséographiques sans avoir à rendre de comptes. Certains ne s'en privent pas. Et il est des tableaux qu'aucun Réunionnais ne verra jamais. Sauf peut-être lors des journées du patrimoine. A moins que ces oeuvres ne reposent dans quelque demeure métropolitaine...


François GILLET

Aucun nom n'est cité dans cet article, le signataire ayant garanti l'anonymat à ses interlocuteurs. Dont en retour, il garantit le sérieux. Voilà, c'est dit...

Villa du Département et palais Rontaunay pillées

C'est fini, aujourd'hui, parce qu'il n'y a plus grand chose à prendre, mais pendant des années, le palais Rontaunay (ancien siège du conseil régional avant la construction de la pyramide inversée) et la villa du Département, veille demeure cossue sise rue de Paris, ont été allégrement pillés de leur mobilier créole. Par qui ? Ben, on ne sait pas. Et on ne le saura sans doute jamais...

Mardi 3 Mars 2009
françois gillet
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