On n'a pas besoin d'amour

Les Dom ont besoin d'amour, selon Yves Jego. On pourrait dire qu'ils plutôt besoin de respect, de considération, et d'égalité républicaine. Ce qui n'est, on en conviendra, pas tout à fait la même chose.



Besoin d'amour, la Réunion ? Plutôt de respect. (Photo François Gillet/Le Pirate de la Réunon 2009)
Besoin d'amour, la Réunion ? Plutôt de respect. (Photo François Gillet/Le Pirate de la Réunon 2009)
Jacques Chirac aimait les Dom, c'est indéniable. Un verre de puch, voir deux, ne lui faisait pas peur, et il ne rechignait pas à engloutir un bon cari pat' cochon. Les bains de foule multicolores ne le rebutaient pas, au contraire, il y plongeait avec délectation. Il appréciait encore plus, il est vrai, les séjours au Saint-Alexis, les pieds dans l'eau, au frais du contribuable. Mais c'est une autre histoire.
Son successeur, Nicolas Sarkozy, n'a jamais fait preuve d'une attirance particulière pour ces territoires lointains. D'autant qu'ils ont tous voté Ségolène aux dernières présidentielles... Prenant acte de cette dichotomie, Yves Jego, le malheureux sous-ministre de l'Outre-mer, a déclaré que les Dom avaient besoin "d'amour".
Ce n'est pas d'amour dont la Réunion, les Antilles, la Guyane, ont besoin. Mais de respect et de considération. Et surtout d'égalité républicaine. Qu'on ne soit plus considérés comme des confettis, des danseuses, d'étranges contrées étrangères qui "coûtent de l'argent", mais comme des départements à part entière. "Nou lé pas plus, nou lé pas moins", pour reprendre un célèbre slogan, initié par le PCR il y a quelques années. Pour l'amour, on va se débrouiller tout seuls...

Indépendance pour la Corrèze

On n'a pas besoin d'amour
"Imaginez, écrit Edwy Plenel (Marianne 21/02, mediapart), que ce que vit aujourd'hui la Guadeloupe soit vécu plus près de nous, dans ces départements qui font l'hexagone, et non pas à des milliers de kilomètres sur l'un de ces territoires qui témoignent de notre très longue et non encore achevée histoire coloniale tricolore. Eh bien non, vous ne pouvez pas imaginer, car c'est tout simplement inimaginable. S'il ne s'agissait pas des Antilles -ou de la Guyane, ou de la Réunion, ou de la Nouvelle-Calédonie, le pouvoir aurait déjà trouvé un compromis, négocié avec les porte-parole du mouvement, débloqué des fonds d'urgence, trouvé des paroles apaisantes", poursuit le journaliste. Et de conclure : "S'il ne le faisait pas, ce ne serait, à Paris et dans toute la France, à l'appel de l'ensemble des syndicats et de toute l'opposition, pour une fois rassemblée, qu'une immense vague de protestation".
Edwy Plenel a tout dit. La Corrèze se fût-elle embrasée, y aurait-il eu dans le courrier des lecteurs des quotidiens nationaux, comme sur les forums, des réflexions définitives du genre "la France n'a qu'à leur donner leur indépendance" ? Non, bien sûr. Un ministre eût-il dit que les Corréziens avaient besoin d'amour ? Un tel propos aurait fait hurler les Corréziens, et tous les Français. De colère ou de rire, c'est selon. On ne badine pas avec l'amour. Surtout en politique.

François GILLET

Samedi 28 Février 2009
françois gillet
Lu 985 fois


Nouveau commentaire :
Twitter

Les commentaires sont modérés a priori par l'équipage.

L'Edito | Actus Réunion | Zembrocal | Moucatage péi | Dann Péi Déor | Le Vieux Papangue | L'Equipage | Vieux papiers