Les Chagos, tapis de bombes US pour l'Iran



Les Chagos, tapis de bombes US pour l'Iran
Les Chagos... La honte de l'Angleterre. 2000 personnes virées de leur île en 1971 pour faire de cet endroit idyllique une base militaire américaine. Qui a beaucoup servi lors du dernier conflit contre l'Irak. Et qui pourrait bien resservir, cette fois pour pourrir de bombes l'Iran, selon l'Express de Maurice, qui cite un article apparemment très bien renseigné d'un canard écossais, que le Pirate a lu avec stupéfaction. Mais d'abord, des extraits de l'Express : "Une enquête du journal écossais, Sunday Herald, lève le voile sur les intentions militaires des Etats-Unis, allié du Royaume Uni, dans la région. Peut-être une explication au soudain regain d’intérêt de la Grande-Bretagne pour l’archipel des Chagos. D’où les interrogations sur la création d’un parc marin aux Chagos serait-il vraiment «un cheval de Troie.
Le projet de la création d’un parc marin aux alentours des Chagos suscite une vive polémique. Plusieurs mouvements écologiques sont montés au créneau pour appuyer le projet du gouvernement de Gordon Brown. Toutefois, des experts en écologie, dont certains de l’Université de Cambridge, ont contesté le bien fondé du projet.
Selon ces scientifiques, le parc marin des Chagos est comme un cheval de Troie. Il y a d’autres enjeux très importants derrière la construction de ce parc marin. Cette affirmation prend tout son sens, surtout après la publication d’un article du Sunday Herald, le dimanche 14 mars 2010.
Les Etats Unis et ses alliés n’ont jamais eu autant besoin de leur base militaire de Diego Garcia qu’aujourd’hui. Selon l’article du Sunday Herald, des centaines de puissantes bombes ‘Bunker Busters’ américaines sont actuellement transportées par mer de la Californie vers Diego Garcia. Et cela dans le cadre de préparatifs pour une possible attaque contre l’Iran.
Le Sunday Herald révèle également que le gouvernement américain a signé un contrat en Janvier 2010 pour le transport de 10 containers de munitions vers l’île. Selon un bon de livraison de la marine US, ceux-ci incluent 387 «Blu» Bombes utilisées pour détruire le béton d’infrastructures souterraines. Des détails du contrat de transport à Diego Garcia ont été postés sur le site des appels d’offres internationaux de la marine US.
Le Sunday Herald relaie l’opinion d’experts qui disent que les bombes stockées à Diego Garcia pourraient servir à une attaque contre les sites nucléaires controversés de l’Iran. Cela fait longtemps qu’il y a des spéculations à l’effet que l’armée américaine se préparerait à une telle attaque dans l’éventualité que la diplomatie ne réussit pas à convaincre l’Iran d’abandonner son projet d’armement nucléaire.
L’article indique également qu’une compagnie maritime basée en Floride, Superior Maritime Services, sera payée 699 500 $ pour transporter des milliers de munitions de Concord en Californie jusqu’aux Chagos. La cargaison comprend, point crucial, 195 smart bombes Blu -110 guidées au laser, et 195 énormes bombes Blu-117 de 2 tonnes.
« Ils envisagent de détruire complètement l’Iran » a déclaré Dan Plesch, le directeur du Centre for International Studies and Diplomacy à l’Université de Londres, dans les colonnes du Sunday Herald. Cet universitaire est également co-auteur d’une étude récente sur les préparations américaines pour une attaque contre l’Iran. « Les bombardiers US sont prêts actuellement à détruire 10 000 cibles en Iran en quelques heures » a-t-il ajouté.
Par ailleurs Ian Davis, directeur du nouveau Think Tank, NATO Watch, estime que « la livraison des bombes à Diego-Garcia constitue un souci majeur. » Alan Mackinnon, président du Scottish CND, décrit lui la révélation du Sunday Herald comme « extrêmement préoccupante ». Le département de la défense des Etats-Unis n’a pas répondu à une demande de commentaire.
D’autre part, le gouvernement mauricien et le Groupe Réfugié Chagos sont également sceptiques. Lors d’une interview à lexpress.mu, le 2 février 2010, le ministre des Affaires Etrangères s’était également posé la question sur le soudain empressement du gouvernement britannique de créer le parc marin aux Chagos. «…il y a eu tous ces lobbyistes et des facilitateurs qui se sont immiscés à la table des négociations. Nous nous sommes alors posé la question: quelles sont les raisons derrière le soudain empressement et nous avons gelé le troisième round des négociations pour y voir plus clair."
On a lu nous aussi l'article du journal écossais. Et il fait froid dans le dos. Selon le Sunday Herald, dix conteneurs chargés de bombes seraient partis de Californie pour alimenter la base militaire des Chagos, ses 50 militaires britanniques, et ses 3200 soldats US, qui squattent le territoire des Chagossiens qui crèvent la misère depuis deux générations dans les bidonvilles mauriciens. 387 bombes destructrices vont être entreposées à quelques encablures de la Réunion, alors qu'on nous amuse la bouche avec des menaces terroristes, un plan vigi truc, et, pour la galerie, n sac oublié explosé par un robot tueur à Gillot. Du coup, grâce à nos amis américains, on pourra vraiment avoir peur du terrorisme dans l'océan Indien. Et là, ce sera plus pour jouer à se faire peur...

François GILLET

voir la suite de l'article
voir l'article du Sunday Herald (en anglais)

Mercredi 22 Septembre 2010
françois gillet
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1.Posté par gilbert le 22/09/2010 13:43

Bien joué, Pirate. Pour d'autres, la bombe et la géopolitique c'est Valérie Bègue et ses histoires de fesses. Sans doute, quand on leur parle de Diego Garcia voient-ils Zorro et le sergent Garcia. Bien joué.

2.Posté par Laurent le 24/09/2010 15:08
Merci M. Gillet pour ces intéressantes précisions sur l'archipel des Chagos et l'usage qui en est fait... Vivant à Maurice, je partage, bien entendu, les inquiétudes exprimées dans cet article...
Je voudrais, cependant, revenir sur l'aspect "mauricien" du problème... Depuis environ 5 ans, les collectifs de réfugiés chagossiens (et pas seulement celui dirigé par M. Bancoult) bénéficient, effectivement, du soutien des autorités gouvernementales mauriciennes... et de la solidarité de l'ensemble de la population de la République de Maurice! Pourtant, tel ne fut pas toujours le cas!!!

Tous les gouvernements successifs (de toutes couleurs politiques, Ptr, MMM, MSM...) ont, pendant une trentaine d'années, sévèrement réprimé toutes les tentatives des Chagossiens visant à faire connaître leur situation sociale et économique particulièrement déplorable ou à revendiquer une quelconque réparation du préjudice causé par leur brutal déracinnement... Pendant ces 3 décénnies, la seule réponse des autorités mauriciennes à leurs revendications fut l'envoi de la SMF (Special Mobile Force)!

Mais il est exact que, depuis environ 5 ans, on assiste à une véritable lune de miel entre les représentants des Chagossiens et les gouvernments successifs... Pourquoi?

Plusieurs facteurs (d'inégale importance) y ont contribué:
- D'abord l'habituel souci de voir l'image du pays se dégrader! Aussi longtemps que les Chagossiens ne menaient leur lutte qu'à Maurice, ils étaient totalement méprisés! Ce n'est que quand ils ont changé de stratégie et trouvé un début d'audience internationale que les autorités locales se sont rapprochées d'eux...
- Le facteur communautaire a également beaucoup contribué à la surdité générale: Maurice est une république fondée sur le communautarisme (on dit ici "communalisme") et les Chagossiens, pour la plupart descendants d'esclaves africains et donc intégrés à la communauté Créole (et au plus bas de cette communauté!) souffraient du mépris général qui pèse sur l'ensemble de cette communauté.
- Le risque de créer un précédent a aussi longtemps incité les dirigeants mauriciens à la plus grande sévérité à leur égard: la crainte était de voir des Rodriguais et des Agaléens (dont bon nombre furent également "déportés" vers Maurice) emboîter le pas des Chagossiens et réclamer, eux aussi, réparation...
- La préservation de l'image du "Père de la Nation": éclaircir les circonstances dans lesquelles les Chagossiens ont été expulsés peut aboutir à s'interroger sur le rôle joué par le premier Premier ministre de l'histoire de la République de Maurice, Sir Seewoosagur Ramgoolam (le père de l'actuel chef du gouvernement, Navinchandra Ramgoolam) et sur les conditions d'accession à l'indépendance! Dans un pays où l'histoire est régulièrement réécrite selon les impératifs du moment, cela pouvait effectivement paraître particulièrement dangereux...
- La chasse aux aides en tout genre: le rappel de la revendication de souveraineté de Maurice sur les Chagos (et Tromelin) constitue également un moyen de pression que les autorités mauriciennes exploitent (discrètement, mais efficacement) à l'égard du Royaume Uni, des USA, de la France et de l'Europe... et qui explique, en partie, l'incroyable disproportion entre l'importance géographique et humaine de Maurice et le montant des dons, subventions et autres aides perçues (l'Europe a ainsi alloué à Maurice près de 20% des compensations prévues pour l'ensemble des pays ACP -plus de 40 pays! - pour l'abandon progressif du protocole sucrier!!!).
- Sur le plan geopolitique (et même géostratégique), le rôle joué par l'Inde et la Chine est également important dans ce dossier: Ces deux importantes nations se sont données, au cours des dernières années, les moyens (notamment militaires) de devenir des acteurs majeurs dans la région. Aussi ont-elles pesé de toute leur influence auprès des autorités mauriciennes (et concernant l'Inde, cette influence est considérable!) pour tenter d'amoindrir les positions américaines, anglaises et françaises dans la région! Politique d'éviction que la nouvelle Afrique du Sud soutien discrètement... mais efficacement!
- Enfin, et sans doute n'est-ce pas le facteur le moins déterminant, le développement du Seafood Hub (pôle de transformation industrielle des produits de la mer) mauricien coïncide presque exactement avec le revirement des autorités mauriciennes à l'égard des Chagos (et de Tromelin!). C'est que cette industrie a évidemment besoin de larges zones de pêche et que la règlementation sur les zones économiques exclusives (ZEE) donnerait, à une île Maurice ayant "récupéré" les Chagos et Tromelin, les dimensions d'un géant maritime régional! De plus, les opérateurs du Seafood Hub étant aussi ceux qui gèrent les principaux groupes hôteliers, l'intérêt était, évidemment double: s'arroger l'exclusivité des ZEE et ouvrir de nouveaux hôtels sur des îlots encore vierges (...ou presque...).

J'ai bien conscience, cher M. Gillet, que ces éléments peuvent sembler "mauricio-mauriciens"... Ils m'a pourtant semblé que cet éclairage pouvait être utile...

Merci de me faire part de vos éventuelles réactions. Cordialement,

Laurent

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