Le fond des haricots
OK, c’est bon, on a compris, c’est le fond des haricots. On apprend que par le truchement de gouvernements douteux, les marchés financiers peuvent sonder un pays, choisissons la Grèce, au fond de l’abîme, dans un avenir si incertain qu’on nous fait savoir d’avance que d’autres vont sans doute suivre. La bourse hoquète, le Caca 40 bat de l’aile, mais ça, on sait que ça va revenir un jour, tranquillos. On s’en fait pas vraiment pour eux. On joue sur des atouts primaires, prenons Roland Garros, et pendant ce temps-là la pilule de la retraite à 60 ans, qu’on voyait déjà comme un au revoir, nous est présentée comme une réalité véritablement inatteignable. La pire des choses, c’est de mentir, affirmait il y a peu Jean-François C. ou Brice H., je ne sais plus quel nom. Pendant ce temps là, en quelques décennies bien gérées, on a laissé les actionnaires envahir le PIB, qui (les actionnaires) avec quelques pourcents de moins dans la balance, rétabliraient trou de retraite et trou de sécu, et nous soulageraient bien le trou du cul, tous fainéants qu’on est… Ça peut continuer longtemps les conneries, avec une minute de silence dans tous les commissariats de l’hexagone pour une contractuelle exécutée comme on croyait plus en voir que dans les films, alors que des morts, y’en a plein tous les jours…
Face à ça, que penser, que dire, que faire ? Celui qui dit ce qu’il pense et fait ce qu’il dit, il a tout gagné. Il est entier. Qu’il soit pauvre, trader, flic ou Jean François C., il a forcément un trou du cul. Mais souvent, il ne pense pas ce qu’il dit ou il ne dit pas ce qu’il fait. Qu’il soit pauvre ou et cetera. S’il est dans la finance ou la magouille gouverne-mentale, en général il sait bien qu’un jour tout le monde saura ce qu’il a fait, puisqu’il laisse forcément plein de traces. Mais ce qu’en pensent les pauvres, il se dit bien qu’il s’en fout. Et donc il le fait. Je serais de lui, je dirais qu’il a bien raison de penser comme il pense. Cela dit je ne suis pas lui et lui il ne dit jamais ce qu’il pense. Alors souvent il fait le contraire de ce qu’il dit, même si évidemment il sait ce qu’il fait, mais c’est pas gagné dans sa tête. Peut-on enculer son prochain ?
Donc il est malheureux quelque part. Le pauvre…
Qui gagne dans l’histoire ? Les pauvres, les contribuables, les traders, les gouvernements ou les banques ? Peut-on enculer son prochain sans en être redevable ? Oui, évidemment. Les banques, lobby pétroliers et marchés financiers ont gagné le pouvoir suprême de l’argent god-michet. Les gouvernements, gentiment réduits à la solde des précédents, en profitent à donf, tout en se faisant mettre profond s’ils ne font pas gaffe mais c’est pas grave, puisqu’ils n’en subiront pas directement les conséquences. Ils se précipiteront cependant sur leurs quelques deniers et leurs contribuables pour sauver les banques, si celles-ci s’enlisaient (c’est d’ailleurs arrivé, la réciproque étant tout à fait inenvisageable…) Les petits traders et actionnaires divers font leur beurre en passant, et les contribuables récupèrent l’huile qui suinte de tout ça, pour que ça glisse mieux. Les pauvres, eux, récupèrent la sciure de l’huile distillée dans le trou du cul de tout le monde, et ils font comme tout le monde : ils se plaignent ! Quoique… On dirait que dans ce monde de gros cochons d’humains, les plus pauvres font parfois tout pour avaler de la merde… en gardant le sourire ! Surtout que souvent, de la merde, y’en a même pas assez pour toute la famille. Mais pourtant, ils prennent le temps de voir le temps passer. La mort arrivera, c’est sûr, mais peut être moins vite que pour un trader dépassé par le temps qui ne passe plus que par flux de fluctuations, fluctuations, flux d’actions… Pour paraphraser grossièrement Desprosges, on pourrait avancer qu’il y a sans doute plus d’amour dans les mains d’un pauvre qui tend sa queue que dans une queue de traders qui tendent leurs mains… Car oui, les amis, si on a bien compris qui avait gagné le match du fric, qui nous dit que le match de l’amour n’a pas basculé depuis longtemps à l’avantage de ceux qui n’ont pas de fric ? Attention, je n’ai pas dit que les pauvres étaient tous heureux, ni que les riches étaient tous las et mal aimés de leurs biens proches. Mais la partie n’est jamais gagnée pour personne, et il se pourrait bien qu’un de ces quatre, en plein cœur du remous sanguinaire qui agite ce globe plein de squales, la jovialité l’emporte. Restons zen, les amis. La plainte et la colère ne nous servent qu’à se taper la tête contre un mur d’abrutis, ou pires, à rentrer dans leur camp. Les horreurs se développeront sans doute pendant quelques décennies encore. Mais un matin, las de toutes ces simagrées, notre pauvre amour païen embrasera les résidus du dieu Money, et mettra sur la paille toutes ces malencontreuses inadvertances financières. Bien entendu, ce ne sera plus la faute de personne. Alors nous serons perdus, mais presque heureux. Arthur Jeudi 27 Mai 2010
Arthur
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