Le CRAN broie du noir



Le CRAN broie du noir
"Les cafres du Chaudron et du Port sont agressifs". C'est cette phrase lapidaire, perdue parmi des dizaines d'autres, au milieu des 150 pages d'une étude de l'Ile de la Réunion tourisme (IRT), réalisée auprès d'un panel de 16 000 touristes, qui a provoqué l'ire du Cran. A juste titre, si l'on considère le caractère pour le moins gros doigts de cette assertion façon café du commerce. La phrase est parue il y a quelques jours dans un article du Quotidien reprenant les grandes lignes de l'étude. Et elle a choqué. Tant par la stigmatisation des quartiers que par la mise en cause d'une partie de la population réunionnaise. D'où la réaction du Cran, qui est monté au créneau pour dénoncer cette "stigmatisation d'un groupe ethno culturel". Rien que de très normal dans cette réaction d'indignation mesurée. D'où vient notre malaise alors ? D'abord de l'identité même du Cran, qui s'est fait connaître en métropole par son activisme. Une association qui ne dénonce qu'un seul racisme, celui qui se fait au détriment des Noirs, c'est un peu gênant. Ca voudrait dire que chaque ethnie devrait avoir son assoc pour la défendre contre des actes de discriminations. Ca participe à la "communautarisation" de la France, qui s'importe de plus en plus à la Réunion, où on pensait que le métissage nous préservait du repli sur "sa" communauté.

Combien de Kafs chez les élus et les chefs d'entreprise ?

Ensuite parce que cette réaction, aussi justifiée soit-elle, participe de la "politiquementcorrectisation" de notre société. Une ligne, une citation, sur 150 pages de rapport, et l'IRT est soupçonnée de complicité de racisme... Enfin, parce que tant qu'on s'émeut de ce genre de connerie proféré par quelqu'un qui n'a sans doute jamais mis les pieds ni au Chaudron, ni au Port ("pas très touristiques, comme destinations", note au passage un journaliste qui a suivi l'histoire), on ne parle pas du vrai problème kaf à la Réunion. On n'en parle en fait jamais, c'est un tabou. Parce que ça casserait l'image idyllique de notre île métissée. Simplement, il suffit de regarder : combien de kafs parmi les parlementaires réunionnais ? Réponse : un sur huit, le député René-Paul Victoria. Combien de maires ? Trois sur 24 : Gilbert Annette, Jean-Yves Langenier, et Thierry Robert. A la tête des chambres consulaires ? zéro. Des organisations patronales ? Pas un. Des syndicats de salariés ? Des administrations ? Dans les pages des carnets de Farah ? A la tête d'une grande entreprise réunionnaise ? Parmi les profs de fac ? Le kaf à la Réunion est invisible. Enfin, dans les instances qui représentent la Réunion, parmi "l'élite". Lo Rwo Kak jouait du maloya. Mais il n'était pas roi en son royaume. Ca, c'est une vraie question. Sans doute un héritage de l'esclavage. A quelques jours du 20 décembre, c'est un sujet de rélexion pour le Cran, et pour tous ceux qui s'intéressent à la société réunionnaise. Après, la petite phrase d'un touriste beauf...

François GILLET

Lundi 6 Décembre 2010
françois gillet
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1.Posté par Pascal le 03/12/2010 14:32
Les réflexions du CRAN sont toujours pertinantes mais souvent orientées.
Rien sur l'affaire Fofana.
Rien surles délits commis par des ressortissants noirs dans les villes '(diffusion sur TMC le jeudi 2/12/2010).
Sans vouloir discriminer quiconque je souhaiterais que le CRAN nous défende et ne nous marginemalise plus encore.

2.Posté par furcy le 04/12/2010 09:08
françois,
tu dis que les deux destinations ne sont pas très touristiques. effectivement, il y a peu de chances qu'un touriste y mette les pieds. ou reconnaisse quelqu'un comme venant de ces quartiers.
mais combien y a t-il de chances pour qu'un touriste utilise le mot "cafre" ? aucune. il ne le connaît pas. et c'est bien ça qui est finalement gênant dans cette étude. il est plus que vraisemblable qu'on a proposé des réponses aux touristes, un questionnaire à choix multiples sans doute. un questionnaire validé par l'IRT. où cette phrase apparaît.
elle reflète donc sans doute plutôt l'opinion de réunionnais que de touristes.
mais plutôt que d'affronter cette réalité réunionnaise -le cafre est toujours sous-estimé, dévalué-, on va dire que c'était juste inopportun de reprendre la phrase d'un débile du dehors... sans doute encore une occasion ratée de nous regarder sincèrement.
quel farce finalement. ainsi, cette phrase ne pourrait être celle de réunionnais qui s'aiment tous ? ainsi les portois ne seraient pas marqués au fer rouge par ce que toute l'île pense d'eux ?
un touriste beauf ? tu y crois vraiment ?

3.Posté par François Gillet le 05/12/2010 21:59
Entièrement d'accord avec ton analyse. Quant au fait que le cafre soit toujours "sous-estimé, dévalué", c'est le propos de l'article. Ben oui, il faut nous regarder sincérement, dans les yeux. Et ça, c'est trèèèèèès difficile. Cordialement, François.

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