La presse malade de sa peste



La presse malade de sa peste
Passionnant article de Marianne (9/01), sous ce titre : "Les Journalistes ne croient plus à ce qu'ils font". C'est un entretien avec Noël Couëdel, ancien patron de la rédaction du Parisien, qui a réussi à transformer un titre qu'on qualifiait de "journal des concierges" en quotidien de référence, à la fois populaire et informé. Viré par Marie-Odile Amaury, la patronne du canard, du groupe Amaury à qui appartient également l'Equipe, Couëdel vide son sac. Avec élégance.
Il parle de ses convictions : "On pouvait parler de tout, de politique étrangère, de courses de chevaux et de télé, de façon digne et intéressante". "Les journalistes ne croient plus à ce qu'ils font. Ils écrivent dans les journaux des articles qui répondent aux internautes ! Ca fait très moderne alors que c'est simplement con. (...) C'est moral, la presse : au bout du bout, on se plante", balance Couëdel.
Qui constate, et c'est là l'alpha et l'omega de son propos, que "le directeur financier ou le directeur des ressources humaines comptent plus que le rédacteur en chef".
"Aucun plaisir, quoi !", conclut-il.
C'est exactement la même chose qui se passe avec la presse réunionnaise. Les banquiers ont pris les manettes d'une machine dont ils ignorent tout et qui leur échappe. Ils méprisent les lecteurs, comme les journalistes, qui coûtent trop cher, et croient qu'un journal est un objet qui se vend comme un rasoir jetable, et quand cet objet ne se vend pas, ils s'étonnent.
Chane-Ki-Chune, comme Cadjee, ont longtemps rêvé à un "gratuit", un journal low-cost, financé par la pub. Le projet ne s'est jamais fait faute de... métro à la Réunion. Trop de difficultés de distribution. La Réunion a échappé au sort de Paris, Toulouse, Marseille, qui croulent sous les journaux gratuits (20 minutes, Metro...) jetés sur le trottoir à peine parcourus par des lecteurs ennuyés.
Aujourd'hui, les financiers à la tête de nos médias péi rêvent de journaux sans journalistes. Ils ont -économiquement- tort. Ce n'est pas internet, ni la télé, ni le téléphone portable, qui tuent la presse (et la presse locale, par rapport à la PQR de métropole, est de qualité) : ce sont les financiers dont le savoir-faire a pu être mesuré à l'occasion de la crise financière dont on ne finit pas de payer les agios.

François GILLET

Lundi 11 Janvier 2010
françois gillet
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1.Posté par adv le 12/01/2010 23:47
Les banquiers ont bon dos.

C'est vrai que l'aspect financier a pris le dessus depuis un moment déjà, et probablement de façon excessive parce que unilatérale... mais pour payer des journalistes et imprimer un journal, il faut tout de même un peu d'argent ! Le problème, c'est que ce qui devrait n'être qu'un critère dans les choix de l'entreprise de presse est devenu le critère dominant, peut-être le seul.

Mais nous les journalistes, on est quand même des veaux !!!
Qu'est-ce qui nous empêche de ré-équilibrer la balance ? C'est encore nous qui tenons la plume, non ? -pardon, le clavier. Si "les banquiers" comme tu dis en ne visant bien sûr personne s'occupent de fric, c'est bien leur boulot. Si les journalistes se remuaient un peu et se bougeaient dans un sens positif au lieu de gémir façon Calimero, de faire de l'obstruction systématique et/ou de s'épuiser dans leurs misérables minuscules luttes de pouvoir, ils arriveraient à se faire entendre et à modifier le cours des choses. J'en suis persuadée. Mais la combativité n'est pas la qualité dominante, hélas...

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