L'enfer de la préfecture



L'enfer de la préfecture
Nicolas Sarkozy l'a dit et répété : pour faire des économies, il faut ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. Pas grave, ceux qui auront les moyens iront se faire soigner dans des cliniques privées. Et pour l'Education, tant pis pour ceux qui ne pourront pas envoyer leurs marmailles à Levavasseur (excellent établissement par ailleurs. D'ailleurs, j'en viens).
Par contre, ça risque de poser un problème à l'entrée des préfectures. Juste pour aller chercher son permis de conduire, ou faire changer l'adresse de sa carte grise. Une formalité basique, transformée en enfer de Dante par l'administration à la française. Hier, à la sous-préfecture de Saint-Pierre, il fallait compter deux heures pour atteindre un guichet. Debout, sous le soleil heureusement clément de l'hiver austral. Une file d'attente qui descend jusqu'à la rue rappelle les heures heureuses de l'Union soviêtique.
A Saint-Denis, la "capitale", c'est mieux organisé : on peut s'asseoir, on tire un numéro, on est appelé au micro... Ca sent l'organisation made in Paris, on soupçonne un brin d'influence énarchique. Mais le résultat est le même : deux heures d'attente au bas mot pour se voir délivrer son petit papier rose, pour les marmailles qui viennent de l'obtenir, ou une nouvelle carte grise, pour les fous assez téméraires pour avoir osé changer d'adresse de leur vivant.
Une matinée de boulot de foutue, dans le meilleur des cas, car l'administration ferme à 13 heures. "L'après-midi, nous avons à traiter tous les dossiers. C'est pour ça qu'on ferme au public. Il faut aussi savoir qu'on est en sous-effectif", nous commente obligemment un fonctionnaire de la préf.
"Le pire, c'est pour les délivrances de permis. Là, il y a vraiment la queue", soupire une dame derrière son guichet.
Voilà, à l'heure ou internet fait chier tout le monde avec le moindre mouvement de cul de Paris Hilton, l'administration française est incapable de nettoyer devant ses guichets, d'envoyer simplement par la Poste, en recommandé, permis et nouvelles cartes grises.
Le Médef devrait pourtant être content, ça économiserait des millions d'heures de travail perdues à faire la queue. La Réunion n'est pas seule au monde ans ce domaine : on a vu un fonctionnaire renvoyer faire la queue un quidam qui avait eu l'outrecuidance de lui demander DEUX changements d'adresse de carte grise. Une pour lui, et une pour sa femme... Ca a failli se finir en pugilat.
On n'est pas les plus mal lotis, à l'île de la Réunion : on a vu, à la préfecture de Bobigny, des gens, hommes, femmes, enfants, dormir devant les locaux en plein hiver pour être sûrs d'être les premiers, de bon matin, pour une signature griffonnée de mauvaise humeur. Une prolongation de titre de séjour. A côté de ça, notre carte grise a bonne mine. Mais, kit ta mère, au moins fé semblan ou lé poli...

François GILLET

Mardi 31 Août 2010
françois gillet
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