L'IRT danse avec nos sous



Chapeau à Imaz press Réunion, qui lève un joli lièvre : l'impéritie de la gestion d'Île de la Réunion tourisme (IRT), selon un rapport de la chambre régionale des comptes, qui porte sur la période 2007-2013. Au menu : dépenses non justifiées, voyages onéreux, campagnes inconséquentes...

"Dans son rapport, la chambre régionale des comptes consacre tout un chapitre aux campagnes de communication menées par l’IRT, mettant en lumière un "empilement de messages sur la destination". Elle note ainsi "un changement de signature quasiment chaque année depuis la mise en place de l’IRT", notamment depuis 2008 et la décision de rompre avec la signature L’île intense, qui avait pourtant fait ses preuves", souligne IPR.

En 2008, l’IRT, largue "l'île intense", pour une nouvelle signature : "Une île, un monde". Pourquoi pas. Mais dès 2009, on change encore. Ce sera désormais "La Réunion, chez nous, vous êtes chez vous", qui sera utilisé jusqu’en 2011. Puis en 2012, ce sera "Découvrez un île de voyage", puis, en 2013, "La Réunion, un voyage d’émotion". "Soit au total, quatre messages différents en cinq ans !", constate IPR

L'IRT elle-même constate amèrement en 2011 : "Seule la signature L’île intense a su se démarquer astucieusement en surlignant comme attribut l’intensité énergétique de l’île (...) Les signatures ultérieures, souvent bricolées en l’absence de repositionnement nouveau, n’ont produit qu’un halo de dispersion supplémentaire autour de la marque."

Autre cafouillage : celui des îles vanille, la panacée touristique. Pour la chambre régionale des comptes, "les campagnes de communication s’articulent encore peu avec cette stratégie, l’IRT développant ses campagnes indépendamment de l’association des îles Vanille".

"Un comble, poursuit IPR, lorsque l’on sait que La Réunion est le plus gros contributeur financier des îles Vanille, dont la présidence a été assurée d’abord par le président de Région Didier Robert, puis par Pascal Viroleau, ancien directeur de... l’IRT."
Mais le plus drôle reste à venir : la participation de l'IRT à une série de salons exotiques. Du salon du Médef à celui du cheval, en passant par celui des experts-comptables, des seniors... Selon la CRC, "les participations récurrentes de l’IRT à un certain nombre de salons se traduisent par un éparpillement des moyens financiers et humains (...) sans mesure de l’efficacité d’une telle présence". Tout cela a bien sûr un prix : l’IRT consacre à ces salons "des enveloppes financières importantes", soit 2,9 millions d’euros de 2009 à 2012.

"Pour la CRC, "la présence de l’IRT dans certains salons est effectuée sans l’assurance élémentaire d’un effet positif sur la promotion de la destination". Elle ajoute que "pour d’autres salons, la clientèle ne fait pas partie des niches prioritaires" ou que d’autres encore "ont une orientation professionnelle marquée sans objet touristique évident". Les magistrats citent en exemple la participation de l’IRT en 2013 à la fête du pain avec une délégation de 45 personnes...", poignarde IPR.
Dernier chapitre, celui des billets d'avion : "En 2009, note Imaz press, qui cite la Chambre, le bureau de l’association a arrêté des règles régissant la procédure de prise en charge des déplacements. L’IRT prenant notamment en charge les billets d’avions : "classe économique pour les salariés, classe Alizée ou confort pour les administrateurs, et à partir du 14 octobre 2010, extension au pôle de direction de la prise en charge prévue pour les administrateurs".
Sauf que celle-ci relève que "contrairement à ce qui était énoncé (...), l’association a acheté des billets en classe confort (ou équivalent) à certains salariés alors que, jusqu’au 14 octobre 2010, cette catégorie de billets était réservée aux administrateurs".

"Le rapport mentionne également que "les nouvelles règles, applicables depuis le 1er mai 2011, ne traitent pas de la question mais la chambre relève que l’association procède à l’achat de billets en classe confort et équivalent pour les administrateurs et certains salariés (le directeur, la secrétaire générale et la chargée du protocole)", poursuit l'article cruel (mais juste) d'IPR.

Enfin, toujours concernant les billets d’avion, la chambre note "l’absence de mise en concurrence pour l’achat des billets d’avion, alors que les montants impliquent l’obligation pour l’IRT de respecter les procédures formalisées".

Allez, pour la bonne bouche, la CRC note des incohérences dans la grille des salaires, "les indices plancher figurant dans la convention nationale collective (...) sont très largement dépassés par l’IRT". Des salaires planchers tutoyant les cimes, entre 2 500 et 3 800 euros, la secrétaire générale étant défrayée à plus de 6 000 euros et le directeur dépassant les 7 000 euros mensuels.
"Ces pratiques, sans être irrégulières, contribuent à dénaturer l’exercice de classification des emplois et se révèlent inflationnistes sur la masse salariale", estime la chambre régionale de compte. En réponse au rapport, le président de l’IRT indique quant à lui que "l’ensemble des salariés, qu’ils soient cadres ou agents de maîtrise ou employés, sont rémunérés au-dessus de la convention collective", conclut Imaz press Réunion. Le tourisme est en de bonnes mains à la Réunion, île intense. Euh, pardon, île d'émotion. Ou île désir, ou île était une fois...

François GILLET

Vendredi 10 Avril 2015
François Gillet
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