Hadopi, non merci

Comment un pirate pourrait-il être favorable à une loi contre le piratage ? L'imbroglio de la loi Hadopi, voulue par Sarkozy, pour se faire des amis parmi les artistes, soulève bien des questions. Celle de la préservation -légitime- des droits d'auteurs à l'heure du téléchargement global, celle de la liberté des internautes, celle aussi de la nécessité d'une réflexion sur une nouvelle façon de partager les richesses.



Hadopi, non merci
Je suis un Pirate. Pas seulement parce que j'écris sur ce site, mais parce que, je l'avoue, il m'arrive de télécharger illégalement des trucs sur internet. Pas grand chose, en fait. Les films, je ne suis pas fan. Et puis avec le débit que m'octroie royalement mon fournisseur d'accès à la Réunion, je ne verrais de toute façon que le début. Mais de la musique oui. Des morceaux qui m'ont fait rêver gamin, ado, jeune adulte, et même, mais oui, vieil adulte (quoique je ne suis pas si vieux que ça, après tout). Au cours de ma courte vie, j'ai dépensé un nombre incalculable de francs, puis d'euros, pour acheter les cassettes, puis les CD, d'auteurs que j'aimais. De Led Zeppelin à Ziskakan, pour ne parler que des Z. Mes cassettes, je les ai toutes gardées dans un carton. Elles sont toutes pourries aujourd'hui. Mes vyniles, je n'en parle même pas. L'autre jour, j'ai eu envie de réécouter un Gary Moore, "Johnny Boy", ça s'appelle, le morceau. Une ballade irlandaise. Deux fois acheté l'album à la fin des années 80. Introuvable aujourd'hui. Même à la Fnac. Même sur des sites de vente en ligne. Je crois bien avoir déjà participé (même modestement) au patrimoine de Gary. Je ne m'en suis donc pas voulu de télécharger ce morceau sur un site de peer to peer ayant comme patronyme celui d'un équidé.

Ridicule, liberticide, et inutile

J'ai fait pareil avec des vieux scenarios de donjons & dragons, si, vous savez, le jeu de rôle. Introuvables, les scenarios. Sauf sur ebay. Et avec les frais de transport (la Réunion, c'est la France. Sauf pour la Poste, Orange, et les compagnies aériennes. Des vrais pirates, mais aucune loi n'a été prévue pour mettre fin à leurs agissements), ebay, on n'y pense même pas. Donc, je télécharge ces scenarios que je ne pourrais pas acheter, parce qu'aucun magasin ne les vend.
Avec la loi Hadopi, je serai donc considéré comme un dangereux délinquant. Je pense que je vais pouvoir assumer. L'embêtant, c'est que cette loi, ridicule, au sens premier du terme, ne servira à rien. Les majors continueront de faire un profit monstrueux sur le dos des consommateurs et des petits artistes, les gamins n'auront pas plus de fric pour acheter légalement, à prix d'or, le mauvais cari pat'cochon qu'on leur fait bouffer, et les internautes un peu dégourdis passeront par des sites spécialisés pour cacher leur adresse IP. Ricule, liberticide, et inutile, Hadopi...
Pourtant, il faut bien préserver la juste rémunération des droits d'auteur. C'est ce qu'on avait dit au début des années 80, quand la cassette vidéo a fait son apparition. "Ca va tuer le cinéma !", s'étaient écrié les majors. Des majors qui ont non seulement survécu, mais se sont reconverties avec profit dans le marché de la vidéo. Et quand les radios libres sont arrivées à la Réunion, n'étions-nous pas tous des pirates, en enregistrant sur nos petits radio-cassette les tubes du moment, venus de l'autre côté de la mer ? Ca n'a apparemment pas empêché Johnny de finir millionnaire en Suisse...
Alors ? Ben alors il faut s'adapter. Comme la Sacem, depuis des années, récolte auprès des radios, des bars, des discothèques, une taxe qu'elle reverse aux ayants-droits des oeuvres musicales, il faut inventer un système de taxe qui compense le téléchargement. Ca résoudrait le problème. Ca s'appelle la licence globale. En attendant que Mme Hadopi me tape sur les doigts, je vais aller me télécharger un petit Baster. Je sais, c'est mal. Mais la fermeture des maisons closes n'a jamais arrêté la prostitution. Et surtout pas empêché la prolifération des maquereaux.

François GILLET

Vendredi 15 Mai 2009
françois gillet
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1.Posté par walkmindz le 15/05/2009 21:34
1- D’un côté, nous avons une industrie culturelle déclinante n’assumant pas le proxénétisme économique et la pandémie infantilisante qu’elle exerce sous le regard de son débiteur. Celui-ci est à la fois une fondation philanthrope de gestion nationale et une entreprise d’import/export.
2- De l’autre côté, nous avons une infinité de niches de population n’ayant rien à voir les unes avec les autres, mais faisant front par principe de précaution. Nous prouvant par la même occasion à quel niveau de léthargie se trouvent nos sociétés occidentales pour qu’un luxe devienne une lutte nécessaire.
3- Au centre, se trouve le gros du troupeau qui n’a pas d’avis et fait preuve d’intelligence situationniste ou d’indifférence banale sur ce combat qui est à la fois d’avant-garde et d’arrière-cour.
4- Dans toutes les batailles, il y a des pertes acceptables. Mais comme nous ne prenons plus plaisir à nous salir les mains avec une de ces barbaries ancestrales, les invectives servent de nos jours de courroux médiatique ou de Hit Combo virtuel pour le bonheur des voyeurs générationnels et des lâches éternels.
5- Quand on pratique l’affrontement constant ou la paix commémorative pour occuper son temps, c’est que l’on est plus en mouvement. Alors la guerre civile des flux a-t-elle un sens ?
la suite ici :
http://souklaye.wordpress.com/2009/03/13/creation-internet-et-insultes-gratuites/

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