Grève EDF : les pétrels solidaires



Grève EDF : les pétrels solidaires
Le passager débarqué à Gillot ce vendredi allait, sans le savoir, en avoir plein les yeux. L'île intense mérite bien son nom, se dit-il, en entrant, dès sa sortie de l'aérogare de plain pied (comment dit-on de "plaine-roue" ?) dans les embouteillages matinaux. Pressé de se rendre à Saint-Pierre, l'homme venu du froid fut étonné de voir la profusion de lumières en pleine matinée ensoleillée aux abords de la route. Dès avant son arrivée sur la route du littoral, il remarqua les nombreux lampadaires allumés. Son étonnement fut grand quand, arrivé du côté de Saint-Paul, il remarqua la même profusion lumineuse au bord de routes flambant neuves semblant ne conduire à nulle part.
Arrivé à Saint-Pierre, sa destination, il réussit à atteindre son hôtel, situé sur le front de mer. Encore ébloui par le soleil d'avril et les lumières diurnes, il se remémora les us et coutumes réunionnaises.

Fête de la lumière ?

Il se souvint du Dipavali, une fête de la lumière venue d'Inde, mais ça ne collait pas avec ce qu'il avait vu lors de son trajet. Il avait également entendu parler d'une grève d'employés d'une société privée travaillant pour EDF, qui n'avait pas hésité à couper l'électricité sans prévenir, privant des centaines de milliers de foyers de lumière et d'énergie. Une grève destiné à appliquer un grotesque arrêt augmentant de 53% le salaire de ces employés par rapport à leurs homologues de métropole...
Le soir venu, il se rendit sur le front de mer pour dîner. Et là, surprise : l'obscurité régnait partout, seulement lézardée par les phares des voitures et les vifs néons des établissements ouverts. Là, notre visiteur ne comprit plus : pourquoi tout éclairer le jour, et tout éteindre la nuit ? Un pays de vampires ? Une population de nyctalopes ?

Pétrels dans le pétrin

C'est en lisant la presse locale, à la table du restaurant où il s'était installé, à la lueur d'une bougie rouge, qu'il pu éclairer sa lanterne. Il s'agissait d'une opération "soirée sans lumière", destinée à sauver les pétrels de Brau. Ces oiseaux marins, endémiques de l'île de la Réunion, quittent en cette période de l'année les hauteurs où uls nichent pour prendre leur envol vers l'océan. Un grand nombre, attirés par les vives lumières des villes, s'écrasent au sol. En ce vendredi 8 avril, la Seor, une société ornithologique, avait lancé cette opération de sauvetage, à laquelle avaient adhéré plusieurs municipalités de l'île, ainsi que des entreprises. Au rang desquelles des grands surfaces, qui s'engageaient à éteindre les lumières de leurs parkings au cours de la nuit, et, plus étonnant, EDF, dont le logo figurait en bonne place sur la page de pub consacrée à l'événement.

Fiat lux !

En ce début de week-end, l'opération de pure com (pour les élus et les partenaires privés), n'était pas du plus heureux effet. Dans les rues plongées dans l'obscurité, des piétons cherchaient leur équilibre sur les trottoirs défoncés du centre-ville pour ne pas finir vautrés sur le sol sale comme de vulgaires oiseaux endémiques. l'opération sauvetage leur rappelait malencontreusement une opération sabotage menée par des irresponsables deux semaines auparavant.
L'homme, fraîchement nommé DRH de l'entreprise Schilienne-Sidec, finit son dessert, et se dit qu'il y avait du boulot. A 80 kilomètres de là, Ivan Hoarau, patron de la CGTR, tentait de joindre son homologue chez les pétrels pour tenter d'envisager une action commune. Du style "Un an sans lumière, sauvons les pétrels !". Après tout, ces pétrels dans le pétrin ne cracheraient sans doute pas sur une prime de vie chère de 53%...

François GILLET

Samedi 9 Avril 2011
François Gillet
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