Des moutons dans l'océan Indien pour expliquer la crise requins



C'est une intervention d'à peine une trentaine de secondes qui a mis le feu à la blogosphère réunionnaise. Une chroniqueuse de la chaîne D8, Emilie Albertini, dans l'émission "Est-ce que ça marche ?", a donné son explication aux attaques croissantes de requins sur les côtes de l'île de la Réunion : "On rejette des carcasses de moutons et de vaches près des côtes et du coup les requins viennent bouffer"... Suit une nébuleuse histoire de phoque dont le requin serait friand, et dont le surfeur serait le double parfait.
Bien évidemment, la blonde Emilie n'a jamais quitté ses studios parisiens pour s'aventurer sur notre île pleine de dangers (moustiques, requins, cyclones, nervis... ), sinon elle aurait su que le mouton préfère le climat d'autres îles, comme l'Irlande, et que les vaches paissent dans les hauts, loin des côtes.
Bon, il n'y a pas mort d'homme (quoi que), mais sa chronique, passée le 14 mars dernier, a créé une vague d'indignation à la Réunion, dans la presse locale comme sur les réseaux sociaux.
"Au point de provoquer la création d’une page Facebook intitulée "Pour qu’Emilie Albertini présente ses excuses aux Réunionnais". L’objectif des auteurs est notamment "d’arrêter la prolifération des clichés sur La Réunion". Quelques heures après sa création, la page comptait déjà plus de 1700 "j’aime", note ainsi le site Imaz press Réunion.
Thierry Robert, Nassimah Dindar, ainsi que l'Ile de la Réunion tourisme, ont également réagi contre ce crime de lèse-Réunion.

La chroniqueuse, interpellée par les nombreuses réactions suscitées par ses approximations, a présenté des excuses via Twitter : "Amis réunionnais, désolée de vous avoir froissé avec cette histoire de requins ! Je mangerai du cari poulet tte la semaine !!", écrit Emilie Albertini. Bon, tant qu'elle ne mange pas du cari mouton...

François GILLET

Délires journalistiques et clichés pathologiques

L'histoire des clichés sur la Réunion est longue comme un jour sans riz. On ne va que remonter aux 25 dernières années (et encore, sans entrer dans les détails).
-En 1989, La Réunion est sous le choc : le "grand reporter" Jean Bertolino, fait un... reportage, donc, sur les petits blancs des hauts, mettant en avant la consanguinité, la misère, la décadence. Et avec des sous-titres, pour des témoins parlant parfaitement français, comme Alain Vauthier, conservateur de la bibliothèque départementale. Il n'y avait pas internet à l'époque, mais le bidonnage avait fait du bruit dans la presse locale.
-1990, les émeutes du Chaudron. La presse nationale est dépêchée sur place, et fait, globalement, bien son travail. Sauf France-Soir, qui fait sa une sur une sarabande sauvage sur le rond-point Cadjee, menée par un certain "Akim". Problème : France-Soir a tout inventé. Le papier a été écrit de Paris. Aucun journaliste du défunt grand canard de Pierre Lazareff a été vu sur place...
-2005, crise du Chikungunya. Dominique de Villepin, Premier ministre vient à la Réunion, accompagné d'une cour de journalistes (un avion entier), dont un bon nombre est ganté, porte blouson, manches longues et chapeau, en plein mois de décembre, soit au cœur de l'été austral ! Comme l'avait rapporté Le Pirate à l'époque, un autre grand reporter, Olivier Escriva, qui sévissait à Itélévision, avait réussi à faire un sujet sur la pénurie de cercueils à la Réunion. On se serait cru au temps de la grippe espagnole, avec des cadavres enveloppés dans des linges au bord des routes...
On ne va pas évoquer "les chiens appâts pour requins", qui fait encore le buzz sur Internet, notamment grâce à la Fondation Bardot. Là aussi, Le Pirate avait à l'époque démonté le mécanisme d'une désinformation malsaine née d'une photo, elle-même illustrant un fait-divers.
Bon, on va arrêter là, sinon on n'en finirait pas. Ah, une mention, quant même, à Libération, qui avait assuré (il n'y a pas très longtemps) que les chiens à la Réunion "finissaient en carri". Mais c'était une journaliste du Jir qui avait fait la correspondance. On n'est jamais trahi que par les siens...

F.G


Jeudi 20 Mars 2014
François Gillet
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1.Posté par jean-louis rabou le 20/03/2014 10:52
Localement, on a laissé dire et écrire, souvent sans nuances, qu'on avait "déporté" des enfants réunionnais vers la Creuse dans les années 1960-1970. La Creuse, bien sûr peuplée essentiellement de loups-garous et de crétins qui, le dimanche, voient le Christ dans les surplis du curé.
Alors, pourquoi s'offusquer d'entendre une blondinette raconter sur D8 (ne pas confondre avec le bobardier Dash-8) que les requins se nourriraient de carcasses de boeufs et autres cabris et pourquoi pas cabris au lait?
Là aussi il doit y avoir, dans le faux, du vrai. Et, nous rapporte un squale surpris épluchant des patates à Durand, un mouton de Panurge ferait volontiers son repas.

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