Ces lunes qu'on nous promet



Ces lunes qu'on nous promet
Un ciel sans lune, ce soir, au-dessus de l'Etang-Salé. Le grondement de la mer fait une berceuse. La lune, celle que le sage montre du doigt, que l'imbécile ne voit pas, parce qu'il est fasciné par le doigt qui montre. Le ciel, inaccessible. La mer, infranchissable pour un îlien, à moins de la sauter (que nul ne puisse y voir une triviale métaphore).
Bon, bref, tout ça pour dire que je me suis arrêté à un titre du Quotidien, "50 000 Réunionnais privés de voyage" (27/07). C'est un bon papier de fond, sous la signature d'Idriss Issa, qui revient sur la promesse d'un certain Yves Jego d'une aide au billet d'avion pour autant de Réunionnais désireux de se rendre en métropole. Pour le boulot, les études, ou simplement pour voir un fils, un cousin, un frère, juste pendant les vacances, juste une fois tous les dix ans, juste avant de mourir.
Ou un enfant. Quand en période de vacances scolaires, le billet d'avion vaut plus qu'un smic, on n'a même pas envie de rire quand un gouvernement évoque la fameuse "continuité territoriale". Or, donc, ces 50 000 billets à 440 euros hors-taxe qu'Yves Jego promettait il y a moins d'un an aux Réunionnais (enfin pas à tous, ça ne fait quand même qu'un billet pour 16, alors qu'en Corse, rappelons-le pour mémoire, c'est 185 millions d’euros tous les ans, soit 711 euros par habitant, vieillards et nourrissons compris) avant la fin 2009 ont du plomb dans l'aile. L'Etat à l'époque, avait confisqué à la Région et à l'ANT les sous de la continuité territoriale en gonflant ses biceps, du genre, "vous êtes nuls, je vais vous montrer comment on fait".
Le même Etat qui aujourd'hui demande à la Région, au conseil général et à l'ANT de lui donner un coup de main pour mettre en place un fumeux "guichet unique de la continuité territoriale". Voilà, c'est la lune. On la regarde, elle est loin dans le ciel, il y a les imbéciles, nous, qui regardons l'air béat, et la lune, et le doigt qui la montre. Il y a des expressions comme ça qui nous reviennent. "Con comme la lune", par exemple. La lune, c'est aussi celle du RSTA, un sous RSA réservé aux réserves indiennes des Dom, et appliqué aux calendes grecques, comme Le Pirate l'a révélé. Ou encore cette vieille blague de Schengen, du nom d'un village du Luxembourg, pour expliquer pourquoi les Réunionnais sont étrangers dans leur propre pays. Ce sont toutes ces vieilles lunes, tous ces doigts d'honneur, toutes ces sous-France qu'on prend, finalement, avec un sourire lunaire. Parce le grondement de la mer nous berce. Parce que l'Etang-Salé, sous la lune, c'est autrement plus joli que le plus joli des mensonges.

François GILLET

Mardi 28 Juillet 2009
françois gillet
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